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J’aime la bière et Jésus-Christ !

 

Drôle de conviction me direz-vous ! D’ailleurs en est-ce une ? Ce serait sans doute plus de l’ordre de la déclaration.

Il se trouve que ces quelques mots sont affichés à l’arrière de notre voiture familiale. Cadeau de Noël d’un athée à son ami pasteur, un bel autocollant où il est écrit ces quelques mots : « J’aime la bière et Jésus-Christ » et où un gros cœur rouge prend la place du verbe aimer.

La question s’est alors posée d’utiliser le présent si comiquement offert et de réaliser ainsi sa vocation première d’être collé à l’arrière d’un véhicule ou de ne pas le coller et le laisser dans un placard.

La question semble sans importance mais quand le véhicule en question est celui de deux pasteurs, qu’il sert régulièrement pour des déplacements lors d’obsèques ou autre réunion de prière ou d’étude et qu’en plus il est garé devant le presbytère le reste du temps, la question prend un autre sens. Pour nous pas de souci. Il n’y pas de mensonge et l’humour autour de Jésus ne nous gêne absolument pas. Mais les autres ? Que vont dire les gens ? Et au final dans notre belle France laïque il semble que la question du délit de blasphème ne soit pas encore tout à fait réglée !

 Blasphème et incarnation

Il semble bien que mettre côte à côte le nom de Jésus-Christ et une chose aussi profane que la bière dérange. C’est comme si l’un pouvait avoir de l’influence sur l’autre. Soit diviniser la bière et alors passer pour un promoteur de consommation d’alcool, soit désacraliser le Messie et passer pour un simple blasphémateur qui ne respecte rien ni personne. Diviniser l’un ou désacraliser l’autre revient à les mettre au même niveau, les inscrire dans une même réalité. Mais alors, n’est-ce pas là une image de l’incarnation soutenue si souvent par ces mêmes accusateurs ?

Si Dieu rejoint l’humanité en Jésus-Christ, alors il vient dans le profane et par là même est exclue toute idée de blasphème puisqu’il n’y a plus de sacré ni de profane. S’il nous rejoint dans notre humanité, c’est aussi dans la simplicité de cette humanité, dans ce qui en fait son quotidien et alors je peux affirmer aimer Jésus comme j’aime ce qui est le plus simple de mon quotidien. Mais il semble que certains placent Jésus si loin de notre humanité qu’il n’est pas digne que son nom soit accolé au mot « bière » et sans doute encore moins digne d’en témoigner de la sorte à l’arrière de notre voiture. Une incarnation bien désincarnée ou plutôt une divinisation de Jésus qui le désincarne totalement pour n’en faire qu’un dieu glorieux et tout-puissant si loin de nos contemporains qu’ils n’ont même plus envie de le rencontrer. L’humour doit-il être si éloigné du message chrétien que le seul fait de tenter d’en faire passe pour le pire des crimes spirituels ? Jésus serait-il donc un austère de la première heure ?

Alors que faire avec cet autocollant : « J’aime la bière et Jésus-Christ » ? Deux choix s’offrent à nous. Le coller ou ne pas le coller. Ne pas le coller c’est reconnaître que tous les conservateurs qui crient au blasphème ont gagné. C’est accepter l’esclavagisme de ma conscience qui doit alors se conformer à ce que d’autres déclarent comme bien. Mais c’est aussi reconnaître, avec ces néopharisiens, que le blasphème existe et que, s’il n’est plus un délit civil, il en est un moral. Et c’est alors enterrer une fois de plus tous les défenseurs de la liberté de conscience morts parfois pour leurs expressions satiriques.

Dans la lutte pour la liberté de conscience il ne peut pas y avoir de petits combats. Céder, ne serait-ce que sur une chose aussi infime que ce petit bout de plastique qui passera inaperçu pour beaucoup, c’est abdiquer ce qui nous est donné de plus précieux. C’est faire taire le rire qui est ce qui exprime cette liberté avec le plus de joie et de spontanéité. Pour l’amoureux de la liberté que je suis, la seule réponse possible à ce questionnement est de coller ce petit « J’aime la bière et Jésus-Christ ». Tant pis pour tous ceux qui grommelleront dans les bouchons ou en passant à côté sur le parking. Je préfère voir le sourire et les rires des conducteurs qui nous doublent en levant le pouce à la vitre de leur voiture.

Coller donc ces quelques mots devient, non plus un acte décoratif, mais bien une conviction. Car à partir du moment où on fait le choix en tout état de cause d’afficher « J’aime la bière et Jésus-Christ », cela revient à dire une conviction. Car, je vous l’assure, on ne nous demande pas où on a trouvé l’autocollant mais on nous questionne sur nos convictions chrétiennes.

 La liberté de la foi

Au-delà de ce qui est écrit, je peux dire que cela reflète vraiment une conviction qui touche même à la théologie. J’aime la bière et Jésus-Christ. Je n’ai aucun mal pour dire cela et je peux même affirmer que cela est vrai. Mais si je me mets à la place d’un puriste, d’un authentique amateur de bière, cela risque d’être moins vrai. Car en fait, je n’aime pas la bière ! Qu’elle soit d’abbaye, de microbrasserie, des Cévennes ou de la pure tradition alsacienne, avec des noms qui font rêver ou rire, je n’aime pas la bière ! Je ne l’aime pas aux yeux des amateurs. Que le puriste m’explique ce qu’est une bonne bière, comment elle doit être brassée pour être une vraie bière, dans quel verre et à quelle température on doit la boire, cela n’a aucune importance. Car si je n’aime pas la bière, en fait, j’aime les moments qui l’accompagnent.

J’aime cette fin de journée où je m’assois sous ma varangue, contemplant l’océan et la ville qui reprend son calme, tout en faisant passer quelques effets de la chaleur tropicale de la Réunion en prenant une Dodo (bière blonde produite et commercialisée à La Réunion par les Brasseries de Bourbon du groupe Heineken) bien fraîche. J’aime décapsuler une bière des plus simples et trinquer avec les amis qui sont là pour partager un bon moment. Et elle peut être sans alcool, puisque ce que j’aime ce n’est pas la bière en elle-même mais tout ce qu’elle accompagne d’émotions, de joie, de bons moments et de convivialité. Et si aux yeux des amateurs ce que je bois n’est pas de la bière, si à leurs yeux je ne l’aime pas, je peux quand même affirmer, moi, l’aimer.

Il en est de même avec Jésus-Christ. On aura beau me dire que pour être chrétien (c’est-à-dire vraiment aimer Jésus-Christ), il faut le croire comme ceci ou comme cela, qu’il faut en faire un dieu, le placer dans une trinité ou dans je-ne-sais-quel sacrement. On aura beau m’expliquer qu’aimer Jésus-Christ, c’est l’aimer comme les définitions doctrinales et dogmatiques nous le présentent, à défaut de quoi ce serait une fausse croyance, une mauvaise foi, je ne peux qu’affirmer avec conviction l’aimer comme il se présente à ma conscience et dans ma vie. Je l’aime dans ses paroles qui viennent soudainement éclairer un moment de ma vie, je l’aime dans ce que l’Évangile me donne de réflexions et de philosophie de vie, je l’aime dans les détresses que je rencontre et dans les espérances qui viennent m’habiter.

Accoler l’amour de la bière et celui de Jésus-Christ, c’est aussi affirmer que l’Évangile me rejoint dans cette vie si simple soit-elle. Qu’au-delà des affirmations et des doctrines, une parole me rejoint dans ma réalité, qu’elle est source de joie et de bonheur. Et si vous trouvez que mes convictions ne volent pas bien haut, c’est sans doute que mon Évangile est trop incarné. Et à tous les autres, je vous invite à dire avec moi : « j’aime la bière et Jésus-Christ » !

 

 

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À propos Christophe Cousinié

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Certifié de Sciences Po Paris dans la formation « Emouna, l’amphi des religions», Christophe Cousinié est pasteur de l’Eglise protestante à la Réunion.

7 commentaires

  1. Avatar

    C’est assez “fouillis” comme développement :
    s’agit-il de définir ce qui est sacré ? Définir ce qu’est l’humour ? La caricature ? La liberté d’expression ?
    ou tout simplement une auto justification de la transgression (un peu adolescent…) par rapport au politiquement correct ( selon l’auteur). D’autre part, le pasteur Cousinié, se comporte de manière très “pharisienne” avec ceux qui ne partagent pas , son humour, etc…??
    Je préfère de loin les expressions espagnole ou anglaise: “Ma gusta la cerveza y amo Jesus” , “I like beer and i love Jesus”…
    Cela me rappelle cet ami qui disait :” j’aime mon chien, ma voiture et ma femme”…
    Il me semble que la question de fond est le respect de l’altérité et de sa fonction….C’est ce que nous exigeons de notre classe politique….alors pourquoi pas à ceux qui ont choisi d’être dans une institution religieuse.
    Et comme dirai les réunionnais: ” Tel que mi connais à vous, vous n’aurait été bandé “

    • Avatar

      Bonjour et merci à l’intérêt que vous avez porté à mon article.
      Vous trouvez un peu “fouillis” le développement, pourtant il me semble plutôt simple.
      Je ne cherche pas a définir l’humour (il y a en a peut être un peu dans l’article mais ce n’est pas le fond) et en jouant avec le verbe “aimer” c’est sur la place du dogmatisme et de intolérance qu’il produit que je m’interroge et m’en libère.
      Quand a ma position “pharisienne”, il faut me l’expliquer !

      Merci pour le créole…. nous nous connaissons ? Et non je ne suis pas en colère !

      Bonne journée

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    Saint Augustin
    “A force de tout voir on finit par tout supporter… A force de tout supporter on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer on finit par tout accepter… A force de tout accepter on finit par tout approuver !”

    ET du coup…:
    “Se vider de tout ce dont on est plein, se remplir de tout ce dont on est vide. “

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    Les grecs ne s’étaient pas trompé en donnant au moins trois mots au sens d’amour alors que dans la langue française il n’y en a qu’un (il y en a 2 en anglais et 2 en espagnol).
    La simplicité de raisonnement, permise par la simplicité de la langue, est redoutable. Elle conduit en effet, comme l’a montré l’histoire, au totalitarisme, ce qui est contraire au message de Jésus.

  4. Avatar

    Vous conviendrez que votre autocollant placé derrière votre voiture lors des funérailles a de quoi interpeller ?
    Mais je vous rejoins sur l’idée d’incarnation. L’évangile doit s’incarner dans les êtres tels qu’ils sont: dans leur quotidien. Comme Blaise Pascal le disait “Il ne faut pas juger un homme pour l’extraordinaire mais pour son ordinaire. Or la Parole de Dieu ne peut-être vivante que si elle s’incarne dans nos vies et nos relations. Et puis ne voit-on pas Jésus attablé à plusieurs reprises, entouré de gens qu’on qualifiait de “mécréants”, d’infréquentables? Tout ce qui sépare Dieu de l’homme est, d’après moi, un non sens. Quand le rideau du Temple se déchire, le sacré et le profane se rejoignent .Quant aux dogmes souvent hors de notre intelligence et souvent hors de la Bible, je ne pense pas qu’ils rapprochent de Dieu. Mais c’est une question de goût. Un christianisme désincarné c’est comme le pharisianisme, ça a la couleur du divin, l’odeur … mais c’ en est pas.

  5. Avatar

    Je ne pourrais jamais déclarer , j’aime la bière et Jésus-Christ, puisque, je n’aime pas la bière, je peux l’apprécier dans un cocktail mais je n’aime pas la bière pure. Son amertume n’est pas agréable à mon palais.

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      Dommage pour vous car, comme le disait Benjamin Franklin:”La bière est la preuve que Dieu nous aime et veut que nous soyons heureux” 🙂

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