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« Le travail, c’est la santé. Ne rien faire, c’est la conserver »

La formule est bien connue. C’est mon grand-père, qui était pourtant un travailleur chevronné, qui me l’a apprise. D’une famille très calviniste sur ce point, j’ai été élevé dans l’idée que le travail, c’était le lieu dans lequel, avec la famille, s’accomplissait notre vocation dans ce monde. Avec le temps, j’ai appris à relativiser cet enseignement. Mais je dois avouer qu’il m’en coule encore quelques gouttes dans les veines. Bien sûr, il m’est facile de considérer mon travail comme une vocation. D’abord, c’est bien ainsi que je le vis : j’accomplis une tâche pour laquelle je pense être fait. Ensuite, la vie m’a montré que tout le monde ne le vivait pas de la sorte, et pour cause : mon métier ne comporte pas vraiment de dimension écrasante ou aliénante. On parle beaucoup de pénibilité, et à raison : à vingt ans, j’ai travaillé plusieurs semaines dans une menuiserie. Neuf heures par jour, six jours sur sept en période estivale à poser des fenêtres au huitième étage d’un immeuble sous un soleil de plomb. J’étais alors accompagné d’un menuisier chevronné, la soixantaine environ, qui, c’est le moins que l’on puisse dire, peinait sous le poids de son travail. Pourtant, il y tenait à son « job ». Et surtout, il tenait à le faire bien – « tip top » disait-il avec son accent suisse-allemand si caractéristique. Si je raconte cette expérience, c’est pour dire combien le rapport que nous entretenons avec le travail est ambivalent et ce, à plusieurs égards. Incontestablement, il y a des situations sociales qui ne peuvent appeler que de l’indignation et elles sont bien trop nombreuses aujourd’hui. Karl Marx parlait à juste titre de l’importance de la « reconnaissance » du travailleur et Nicolas Cochand a raison, dans le dossier qui suit, de rappeler que reconnaissance et rémunération ne s’opposent pas. Mais il y a aussi une façon d’envisager notre travail qui relève de nous-mêmes. Mon menuisier en est un excellent exemple : assurément, ce dernier cochait toutes les cases « pénibilité ». Et pourtant, il n’aurait jamais accepté de s’arrêter avant l’âge limite. Or, je ne peux m’empêcher de penser que s’il vivait les choses ainsi, c’est parce que d’une certaine façon, il voyait dans ce « job » ô combien pénible un des aspects de sa vocation dans ce monde. Comment penser le travail pour qu’il puisse devenir une vocation et non une charge ? Comment faire en sorte que chacun puisse trouver dans son « job » un sens ? Voilà quelques-uns des enjeux pour la réflexion théologique contemporaine et sur lesquels le dossier de Nicolas Cochand nous invite à nous pencher.

À lire l’article de Nicolas Cochand  ” Le travail “

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À propos Pierre-Olivier Léchot

est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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