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Peut-on être pratiquant sans pratiquer le culte dominical ?

 

Cette question à laquelle il m’a été demandé de répondre est ambiguë. En effet les mots « pratiquant » et « pratiquer » n’y ont pas exactement le même sens. Pour les sociologues et les journalistes, parfois dans le cadre d’enquêtes, le « pratiquant » désigne celui qui se rend au culte de sa religion.

On a trop souvent dit du mal des chrétiens « sociologiques », comme on les appelle, qui vont au culte, à la messe, par exemple, par tradition, par simple fidélité à un héritage. Nés chrétiens, le sont-ils jamais devenus véritablement, déclare-t-on alors avec un certain ton de supériorité élitiste ? La religion doit pourtant beaucoup à de tels croyants. Sans eux, il est des temps et des lieux où le christianisme aurait disparu. Leur persévérance fut et demeure parfois très courageuse, surtout quand on la pratique au péril de sa vie.

Les pratiquants ne sont-ils pas aussi et d’abord ceux qui, sans aller nécessairement au culte dominical, mettent l’Évangile en pratique, et cela par l’amour du prochain, quelles que soient la forme et la mesure de gestes qui, fréquemment, nous demeurent inconnus ? Il y a encore ceux qui ne participent pas au culte dominical, mais qui peuvent se recueillir chez eux et même dans la rue… ou le métro. On nous dira que ce culte-là n’a pas de dimension communautaire. Est-ce si vrai que cela ?

On peut se sentir très seul dans une assemblée chrétienne, comme on peut se sentir solidaire et entouré dans un combat d’authentique fraternité sociale. Tu te dévoues à telle cause, tu participes activement à telle association et tu consacres généreusement aux autres un temps important, qui oserait prétendre que tu n’es pas un croyant « pratiquant » même si tu ne vas pas à l’église ? Il y a de toute façon ceux qui (trop âgés, éloignés, malades…) ne peuvent plus se rendre au culte. Leur culte intérieur est un culte à part, peut-être, mais à bien des égards, à part entière. Ne culpabilisons pas ceux qui, pour de multiples raisons qui nous échappent, ne peuvent ni ne veulent « pratiquer le culte dominical », quelles que soient les qualités et la valeur de ce dernier. Cela dit, le culte n’est de loin pas isolé de toute dimension altruiste ; l’offrande, les prières d’intercession, par exemple, expriment cette dimension ; la liturgie et la diaconie sont inséparables. D’ailleurs, le partage du pain de la cène appelle un partage avec les affamés et une lutte pour des réformes sociales et économiques seules susceptibles de donner une certaine plénitude à ce vocable si beau de communion.

On peut se souvenir que la tradition latine et occidentale a choisi de désigner le culte par le mot messe dont l’origine latine (dimittere, dimissio) exprime la dispersion et le renvoi d’une assemblée. Chose magnifique, on a ainsi appelé le culte tout entier par ce qui lui met fin. Le « service divin » (Gottesdienst, en allemand) est orienté vers un service humain. Il n’a pas sa fin en soi. Il n’est pas fermé sur lui-même. Il est, par définition, ouverture. Le but ultime du culte ainsi compris, c’est l’autre. L’au-delà, c’est le prochain. L’entrée et la sortie de nos églises et de nos temples sont, du point de vue architectural, le plus souvent exactement les mêmes. On n’entre au culte que pour en sortir et retrouver ce monde qui nous espère et nous attend. Ne serait-ce en fait pas là que le culte commence ou se vit véritablement ? Mieux vaut, assurément, servir le Christ en aimant son prochain, que de le prier, chanter, célébrer, nommer sans le servir.

 

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À propos Laurent Gagnebin

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docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

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