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Tournés les uns vers les autres : portraits de professeurs et d’élèves réfugiés

 

La Fraternité est une association loi 1901 liée à notre Église protestante unie de Clamart-Issy-Meudon par le partage de locaux qui lui permet de déployer sa mission d’entraide. Elle a ouvert ses portes, en janvier 2017, dans une démarche citoyenne d’accueil des exilés par l’apprentissage de notre langue. Une quarantaine de bénévoles de diverses associations (la Fraternité, bien sûr, mais aussi les groupes locaux de la Ligue des droits de l’Homme, du Secours catholique, du CCFD-Terre solidaire – anciennement comité catholique contre la faim et pour le développement-, le Groupe Tiers-Monde – Peuples solidaires…) ainsi que des particuliers, sont entrés dans cette démarche soutenue par l’Église protestante unie de Clamart et la paroisse Saint François de Sales. Aujourd’hui ils se sont constitués en « collectif d’accueil des exilés de Clamart ».

Plus de quatre-vingts demandeurs d’asile résident au centre d’hébergement d’urgence du Petit-Clamart. Une cinquantaine d’entre eux suit « nos cours » quotidiennement. Parallèlement à cet accompagnement linguistique, notre accueil se concrétise par des visites, des sorties culturelles, des fêtes, des chants, sans oublier les nécessaires accompagnements (médecins, avocats, Pôle emploi, etc.). À la Fraternité, la douzaine de bénévoles s’active en offrant plus de 80 heures de bénévolat par mois.

Si la majorité des personnes vient du Soudan, il y a aussi des Afghans, des Érythréens et d’autres qui viennent de la Gambie, du Mali, d’Éthiopie, de Guinée, de Libye, du Sri Lanka… Ce sont surtout des hommes âgés de 20 à 40 ans. Dans leur pays, ils étaient fermiers, agriculteurs, maçons, peintres, étudiants (deux sont diplômés d’un Bac +3), enseignants, éleveurs de chevaux ou de yacks, ou sans profession. Nombre d’entre eux partent en centre d’accueil de demandeurs d’asile, partout en France. Les uns obtiennent le statut de réfugiés, d’autres la protection subsidiaire pour un an. D’autres encore sont douloureusement déboutés. Mais les départs sont aussitôt remplacés par autant d’arrivées, ce qui, pour l’organisation des cours, complexifie le travail des bénévoles. Nous nous adaptons à chacun des cours.

Avant d’être des élèves, ce sont des personnes que nous accueillons dans une reconnaissance réciproque, quel que soit leur nombre, quelles que soient leurs origines, leurs histoires, chaque fois tragiques, pour retrouver sécurité et dignité, . Ils sont avides d’apprendre et de partager – nous apprenons tout autant d’eux. Nos regards se croisent, nous vivons des moments de communion dans la joie. Ils oublient l’espace d’un instant l’âpreté de leur quotidien et retrouvent peut-être « un chemin d’existence ». Nous ne sommes pas des professionnels mais l’enthousiasme et la solidarité des bénévoles répondent à ce besoin d’action fraternelle, signe d’espérance où le respect, la bienveillance et la compassion sont leurs seuls moteurs. Pour chacun d’eux, « nos » élèves sont des semeurs de sourires.

 Un témoignage

Très assidu aux cours de la Fraternité, Mammadh a soudainement arrêté de participer aux différentes activités. Récemment, il a réussi à mettre des mots sur sa souffrance, liée à la séparation de sa famille et au refus des autorités de lui accorder un titre de séjour. Il est revenu pour nous dire au revoir, semblant plus serein. Sa décision fut prise de retourner dans son pays d’origine où, pourtant, il se sentait étranger en raison de l’impossibilité d’accepter l’inacceptable. Cela lui a valu d’être regardé comme une personne « bizarre », mais cela le remplit aussi d’une certaine fierté. Avec la même rigueur, il refuse de tenter sa chance et de rester dans notre pays en contournant les lois. Voici le message qu’il a dicté, réfléchissant longuement avant de prononcer chaque phrase : « En premier, je voudrais dire merci pour tout. Ici, avec tous les professeurs, j’ai appris beaucoup. C’est comme ma mère, mon père, une vraie famille. Vous faites avec nous comme avec vos enfants. Je suis très content ici, je ne me sens pas bizarre, je me sens comme si j’étais né ici. Je sens le cœur plein de douceur. Je n’oublierai pas ce que vous faites pour nous, mes amis et moi. Vous faites comme dans la chanson “aidons-nous à porter le sac”, parce que j’ai beaucoup de problèmes et en parlant avec vous, vous portez le sac avec moi. »

 

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À propos André Zwilling

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est retraité, coordinateur, avec deux autres personnes, du Collectif Accueil des Exilés de Clamart. Il a été membre du conseil national de l’EPUdF et secrétaire du conseil régional de la région parisienne de l’EPUdF.

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