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Assistance médicale à la procréation : enjeux, promesses et dérives

 

Les techniques d’AMP ont fait des progrès inouïs ces dernières années : depuis la Fécondation in vitro (FIV) jusqu’à la Gestation pour autrui (GPA). Des couples hétérosexuels et homosexuels qui ne pouvaient jusqu’alors donner la vie à un enfant sont à présent en mesure de le faire. La loi ne cesse de s’adapter à ces mutations technologiques et de nouvelles mesures législatives sont attendues pour bientôt. Mais cette situation inédite interroge aussi la conscience chrétienne. On peut distinguer trois grands critères de référence à partir desquels les chrétiens se positionnent : la nature, la relation et la limite.

La première approche fondamentale part de la notion de « nature ». L’être humain a une nature propre, que Dieu a choisie pour lui. Dans cette perspective, la vie est un don et ne peut être instrumentalisée ni supprimée. Cette approche tend à sacraliser la vie. Il y a tout d’abord un lien intrinsèque entre l’acte sexuel (dans un cadre hétérosexuel) et la procréation. La FIV est envisagée avec méfiance parce qu’elle introduit généralement une tierce personne dans le couple (donneur ou mère porteuse). Lorsqu’elle est pratiquée avec un ovule et des spermatozoïdes issus du couple, cette pratique n’est pas considérée comme chargée de toute la « négativité éthique » qui est celle d’une FIV avec donneur, d’ovule ou de sperme, extérieur au couple. Il n’empêche que les moyens techniques n’ont à intervenir dans la procréation qu’en vertu d’une intention thérapeutique pour l’embryon ou le fœtus. Sinon, l’adoption serait une solution préférable. Ces conditions constituent le cadre auquel tout enfant a droit : les « droits de l’enfant » priment sur les « droits à l’enfant ».

La seconde approche fondamentale s’articule autour du principe de la « relation ». L’homme est un être de relations, qui vit par ses relations. Cela tient au fait que le Dieu de Jésus-Christ est lui-même relation, et même relation d’amour total. Dans cette optique, la vie n’est pas sacralisée, car elle n’a pas sa valeur en elle-même, elle ne prend pleine signification que si elle s’inscrit dans un cadre relationnel. C’est donc la relation d’amour qui rendra légitime telle ou telle option éthique, par exemple tel recours à telle technique de procréation assistée : s’inscrit-elle ou non dans le cadre d’un projet relationnel de la part du couple qui se prépare à accueillir un enfant ? L’AMP permet de répondre au désir d’enfant des couples dont l’un au moins des partenaires est atteint d’infertilité. On peut même dire que les enfants qui naissent à la suite d’une insémination artificielle ou d’une FIV sont fortement désirés et longtemps attendus par leurs parents, et donc accueillis dans l’amour, ce qui n’est pas toujours le cas des enfants qui naissent par des méthodes naturelles (il y a tant de grossesses accidentelles, non désirées).

La troisième approche fondamentale met en avant le critère de la « limite ». Selon les premiers chapitres de la Genèse, Dieu a donné à l’homme des potentialités inouïes, mais il lui a fixé une limite : ne pas toucher à un certain arbre. De même, dans les évangiles, Jésus ne manifeste pas en permanence toute sa puissance. En tant que disciples du Christ, nous sommes donc invités à ne pas faire tout ce que nous sommes techniquement capables de faire. La responsabilité de la décision revient au couple, mais en en se plaçant devant Dieu.

L’inconvénient du critère de la « nature » est de figer dogmatiquement toute position quelle que soit la situation concrète des personnes concernées ; le risque du critère de la « relation » est de faire dépendre les décisions de projets strictement humains ; l’avantage du critère de la « limite » est d’encourager le discernement de la volonté de Dieu dans chaque cas : sommes-nous encore en deçà de la limite fixée aux hommes, ou l’avons-nous déjà franchie avec une ambition de démiurges, c’est-à-dire en prétendant prendre la place de Dieu ?

À lire les articles de: Marianne Carbonnier-Burkard “Le Comité d’éthique et l’assistance médicale à la procréation”

Abigaïl Bassac et Constance Luzzati “Quelques questions éthiques liées à l’assistance médicale à la procréation

James Woody “Les droits de l’enfant”

Maxime Michelet “Le désir dissident”

Baptiste et François Thollon-Choquet “Une famille à raconter”

À propos Frédéric Rognon

est professeur de Philosophie des religions à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg.

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