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Zwingli, le pasteur (1481-1531)

 

On connaît peu Zwingli et on en parle rarement. Il est davantage pasteur de paroisse et plus proche du peuple que Luther et Calvin, tout en ayant une envergure intellectuelle comparable à la leur, même si son oeuvre écrite n’a pas la même ampleur.

Un parcours pastoral

Après des études universitaires et la desserte d’une paroisse de montagne, il est aumônier militaire sur les champs de bataille d’Italie. Il en revient en proclamant haut et fort que la guerre est une horreur (un « meurtre de masse ») dont il faut préserver la jeunesse. Il exerce ensuite son ministère auprès des pèlerins de l’Abbaye d’Einsielden et y prend conscience des superstitions qui pourrissent la piété populaire. Fin 1518, il est nommé curé à Zurich (on fait appel à lui à cause de la qualité de sa prédication, claire, éloquente et pratique). Son dévouement et son courage pendant la grande peste qui frappe cette ville en 1519 lui valent une aura considérable. À Zurich, Zwingli organise des cours bibliques ; ils ont lieu de bon matin (à 7 h. !) ; on y étudie les textes dans leur langue originelle et dans diverses versions. Ce travail aboutit à la publication d’une Bible en dialecte zurichois (antérieure à la traduction en « haut allemand » de Luther). Il fait enlever des églises tableaux, statues, reliques et supprime la bénédiction du sel, de l’eau et des cierges ; il combat le culte de Marie. Il prend la défense de paroissiens qui avaient mangé des saucisses en carême et demande qu’on autorise le mariage des prêtres (il se marie lui-même en 1524).

Dans des thèses publiées en 1523, il déclare que le Christ, et non le pape, est le chef de l’Église. Son évêque, qui réside à Constance, le condamne et le révoque ; mais le Conseil de Zurich le maintient dans sa charge de curé. Désormais, il dépend du conseil de sa ville paroisse et non de la hiérarchie ecclésiastique. En 1529, il rencontre Luther à Marbourg ; leurs divergences sur la Cène les empêchent de s’allier. En 1531, il est tué au cours d’une bataille qui oppose les cantons réformés aux catholiques.

Le ministère pastoral selon Zwingli

Si aujourd’hui on appelle « pasteur » le ministre du culte protestant, on le doit à Zwingli. Il publie en1523, un petit traité intitulé « le berger » (c’est le même mot que pasteur) qui développe une prédication adressée à d’anciens curés ralliés à la Réforme. Il y explique que les pasteurs ont certes la responsabilité de la prédication et de l’enseignement de l’Évangile, mais qu’ils doivent aussi avoir le souci des conditions de vie de leurs paroissiens et les protéger contre la misère, l’injustice et l’exploitation. « Le pasteur, écrit-il, doit agir non seulement lorsque les puissants se dressent contre la parole de Dieu, mais aussi lorsqu’ils pressurent le peuple pieux au-delà de ce qui est tolérable. »

Dans cet esprit, Zwingli organise ou développe une assistance publique (soupes populaires et vestiaire pour les miséreux, asile pour orphelins, hôpitaux) ; il obtient la suppression du servage et des corvées abusives, ce qui améliore la situation des paysans. L’Évangile est pour lui un discours et une pratique ; la foi est confiance du cœur et aussi action citoyenne. Il est, à cet égard, un ancêtre du « christianisme social ».

Contre une spiritualité monacale ou piétiste absorbée par les états d’âme et enfermée dans les sacristies, Zwingli affirme avec une truculence incisive : « Rendre un culte à Dieu, ce n’est pas péter entre quatre murs. »

 

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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