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Dieu n’existe pas, il insiste

 

John Caputo se revendique haut et fort de l’héritage de Derrida (1930-2004) et de sa « déconstruction » de la métaphysique, récusant en particulier la possibilité de toute théologie spéculative. Si donc on ne peut faire de Dieu l’être suprême dont on chercherait à prouver l’existence, il n’est plus que le nom d’un événement qui advient dans « nos histoires de vie et de mort » sous la forme d’un appel. D’où la formule saisissante : « Dieu n’existe pas, il insiste. »

Cette position conduit à la double audace d’une « théologie faible » qui refuse l’autorité des théologies confessionnelles (trop souvent prêtes à répandre le sang au nom de leur Dieu), tout comme les « dogmes profanes » du rationalisme athée issu des Lumières. La théologie faible n’est qu’une interprétation, toujours ouverte, des traces de l’événement nommé Dieu.

Faible, la théologie de Caputo ne l’est pas que par la modestie de sa condition post-métaphysique, elle l’est aussi par le contenu de l’événement qu’elle déchiffre. L’appel qui le caractérise est en effet celui de l’amour qui, dans son dépouillement jusqu’à la mort, contient une puissance incomparable de subversion (« anarchie ») et rend possible l’impossible de la justice, de l’hospitalité, du pardon. Théologie de l’amour, la théologie de Caputo est donc aussi une théologie de l’espérance, mais d’une espérance sans garantie a priori d’une fin heureuse, car l’avenir, dans son imprédictibilité, contient aussi bien une promesse qu’une menace.

La « force faible » de l’amour qui met tout sens dessus dessous est au cœur des paraboles du Royaume de Dieu et de « la parabole qu’est Jésus » lui-même, figure capitale de l’événement qui vient. C’est pourquoi la théologie faible de Caputo n’est rien d’autre qu’un « christianisme radical » qui nous appelle à une réponse radicale, seule apte à faire naître Dieu en nous et dans le monde. « Le nom de Dieu est le nom d’une promesse qu’il ne tient qu’à nous de tenir. »

Le Dieu de Caputo est ainsi un Dieu faible en un triple sens. Objet d’une pensée faible, il est le nom d’un événement qui n’advient que par une « puissance impuissante » et dont l’advenue, toujours fragile, est placée sous le signe d’un « peut-être ». C’est là la « faiblesse de Dieu » dont parle Paul (1 Co 1,25) mais, à la différence de ce dernier, sans « l’atout dans la manche » d’une certitude quant à une victoire finale ni la mythologie païenne du sacrifice expiatoire destiné à satisfaire un Dieu sanguinaire.

On pourra penser que ces idées ne sont pas nouvelles, mais Caputo les exprime avec une grande cohérence et vigueur.

Groupe Évangile et liberté de Nîmes

John D. Caputo, La faiblesse de Dieu, Genève, Labor et Fides, 2016, 488 pages.

 

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