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Pour un christianisme des Lumières

 

Pierre-Antoine Demachy : Fête de l’Être suprême au Champ de Mars, 20 prairial an II (8 juin 1794). Paris, Musée Carnavalet.

Alain Houziaux est un compagnon de route de nos réflexions depuis de nombreuses années. Il est aussi, et il apprécie ce rôle-là, un empêcheur de penser en rond. C’est un talentueux provocateur d’idées. Ce dossier, disons-le tout net, est dans ce registre. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec ses conclusions, notamment sur l’utilisation du Credo, mais force est de constater que sa critique nous contraint à la réflexion. De quelle nature est notre christianisme ? Est-ce la foi ou le dogme qui est premier ? Est-ce l’Église ou l’individu ? Nous avons nos réponses, souvent différentes de celles d’Alain Houziaux. Mais nos réponses deviennent, sans doute trop souvent, des habitudes, des automatismes que nous ne pensons même plus à interroger, à critiquer. Lorsqu’il compare le Credo à notre Marseillaise, ou l’Église à une sorte de mère qui nous donne une identité au travers de son langage, nous ne pouvons pas faire comme si cette question ne se posait pas. Oui, l’Église nous berce aussi.

Nourrie des thèses du théologien américain Lindbeck (1923-) sur le post-libéralisme et des travaux de Wittgenstein (1889-1951) sur les « jeux de langages », son approche du christianisme est culturelle. Son analyse d’ailleurs serait tout aussi vraie pour les autres religions. Avec lui, nous constatons la pertinence de ce constat. La religion, si on la regarde de l’extérieur, est une forme de culture, d’identité narrative. D’ailleurs, nombre de protestants se définissent comme protestants sans forcément être croyants. Mais ils ont été nourris par un style, une culture, une manière d’aborder le monde, un langage. Cette part de la religion n’est pas à négliger.

On ne peut sans doute pas lire ce texte sans se laisser déranger par ce qu’il dit. On peut alors faire l’autruche et passer à l’article suivant ou s’efforcer de se remettre en cause. On peut aussi répondre par la désormais classique distinction entre foi et religion. Mais est-ce suffisant ? C’est tout le mérite de ce lieu qu’est notre revue, qui ne veut pas gommer les aspérités du débat en se laissant aller à une forme de facilité de pensée convenue. L’interrogation, au risque de la remise en cause, est préférable à la répétition confortable.

Personnellement, car je crois que l’on doit avoir une lecture personnelle de ce texte, j’aimerais inventer une suite. Je peux suivre Alain Houziaux dans son constat sur la religion chrétienne. Mais, en même temps, j’aspire à dépasser ce constat pour (re)construire un christianisme renouvelé. Pour faire un parallèle avec l’une des grandes expressions du regretté Malek Chebel (« l’islam des Lumières »), je rêve d’un véritable « christianisme des Lumières » qui se repense en profondeur, qui ose des nouvelles pistes, qui transgresse ses propres traditions, qui fait le choix de la liberté contre le dogme, qui hérite mais qui réinvente. Un rêve ? Peut-être, mais un projet…

 

À lire ‘article de Alain Houziaux «  Quelle vérité dans le credo ? Vers un post-libéralisme  »

 

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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