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Les « invisibles », entre la peur la honte

 

Fête des morts de la rue, Place de la république à Paris, le 17 mars 2015. © Photo géraldine Franck.

Fête des morts de la rue, Place de la république à Paris, le 17 mars 2015. © Photo géraldine Franck.

invisibles sont d’abord des femmes qui passent inaperçues. Elles se fondent dans la foule, semblables à toutes les femmes par leurs attitudes et leurs habits. Pourtant elles sont souvent « sans domicile fixe » ou exclues de la société dans laquelle, pourtant, elles cherchent à se fondre. Être à la rue ou dans l’extrême pauvreté quand on est une femme, c’est s’exposer à des réflexions, des menaces, des violences de toutes sortes, des viols aussi qui aggravent lourdement leurs conditions de vie. On ne le sait que trop peu, mais les SDF sont souvent victimes d’agressions et les femmes sont particulièrement visées. Une manière d’éviter cela est donc de camoufler sa condition de vie et de se rendre « invisible ». Hélas, déguisées en personne ayant emploi et (ou) famille, les « invisibles » sont difficiles à repérer et donc à aider.

On rencontre aussi des hommes « invisibles ». On connaît le cas de plusieurs d’entre eux depuis longtemps, livres et films leur ont été consacrés : chômeurs qui cachent leur situation à leur famille et font semblant d’aller travailler, ou encore tel SDF quittant sa tente du bord du canal Saint Martin à Paris, habillé d’un costume impeccable, attaché-case en main… Qui n’a pas entendu au zinc d’un café un chômeur expliquer qu’il a quitté « volontairement » son patron en le « remettant en place » ? Les hommes sont-ils schizophrènes ou bien la honte de leur situation pousse-telle à ce double jeu ?

« Invisibles » aussi, ceux qui, dans une situation extrême, abandonnent leur enfant mort, laissé aux bons soins de la société pour qu’elle le prenne en charge. Travailleurs sociaux ou membre du « Collectif des morts de la rue » connaissent ces situations terribles où il faut porter en terre un enfant ainsi abandonné. La honte d’être pauvre, de ne pas pouvoir payer les obsèques, ou bien la peur de l’administration pour les migrants, majoritaires dans ce cas, viennent appesantir le chagrin et le deuil.

Les « invisibles » nous disent les conditions de vie de l’exclusion, les difficultés financières, les problèmes sociaux, de santé, de logement, tous plus ou moins quantifiables, repérables… Les « invisibles » portent le poids de la honte ou de la peur. Ces problèmes-là sont difficilement discernables. On ne peut pas aider efficacement les victimes de l’exclusion si des relations de confiance ne sont pas nouées permettant un langage vrai, un discours où le fait de dire puisse briser le mur du silence dans lequel s’enferment un peu plus les « invisibles ». La parole et le temps sont ici nécessaires. Tout un discours de la société doit faire comprendre aux « invisibles » que l’exclusion n’est pas un défaut ou une honte. Rien ne justifie « d’enfermer dehors » une catégorie de la population sous prétexte qu’elle est pauvre et surtout rien ne justifie que des malheureux se sentent tellement dégradés et menacés, qu’il leur paraît préférable de « disparaître », d’être transparents en quelque sorte. Ici la négation de l’humain atteint son niveau ultime et rejoint les moments les plus sombres de l’histoire où les tortionnaires malmènent tellement leurs victimes qu’elles finissent par accepter leur dégradation.

La Bible, dès la Genèse, a bien posé le problème de la peur et de la honte avec les figures d’Adam et Ève… mais là où Dieu voit Adam et Ève, voyons-nous « les invisibles » ? Notre cécité pour les exclus ne renvoie-telle pas à nos propres peurs et nos propres hontes ?…

Collectif des morts de la rue : www.mortsdelarue.org

 

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À propos Vincens Hubac

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est pasteur de l’Église protestante unie de France au Foyer de l’âme, à Paris. Il est engagé dans la diaconie et intéressé par le transhumanisme.

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