Accueil / Dossier / Un Dieu de toute la création

Un Dieu de toute la création

Laurent Gagnebin

Laurent Gagnebin

La culture ne doit pas être simplement comprise comme un ensemble de réalisations, mais bien et surtout comme une entreprise inventive et dynamique. Ses actions marquent notre environnement naturel, se l’approprient, le transfigurent et, en quelque sorte, l’humanisent. La nature porte ainsi notre signature. Mais modifier notre univers naturel n’est pas le supprimer et l’anéantir dans un assujettissement mortifère. Le combat écologique pour la sauvegarde de la création est une lutte pour l’autre, tous les autres (animaux, végétaux et minéraux compris).

Cela dit, le monde créé n’est pas intouchable et n’est pas sacré. La vocation spécifique de l’être humain, d’après le mythe biblique de la Genèse, consiste justement à le « soumettre » et à le « dominer » (Gn 1, 26 et 28). Le marquer de notre empreinte, c’est le dédiviniser ; cela a permis dans notre histoire tout le développement des sciences et des techniques. La requête écologique ne consiste pas à sacraliser la nature, à l’idolâtrer à travers une sorte de culte et de vénération.

D’ailleurs, comment idolâtrer la nature sans se leurrer ? La nature, ce sont aussi les inondations, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les microbes, des virus, le venin de la vipère et les champignons vénéneux…

 Le « respect de la vie »

Le fameux « respect de la vie » d’Albert Schweitzer (1875-1965), c’est l’éthique de l’amour du prochain élargie à l’universel. Mais, comme il l’a montré, tout se ligue contre un tel principe : la nature, d’abord, qui « ne connaît pas le respect de la vie » (Vivre) mettant autant de soin à la détruire qu’à la susciter. Cet amour du prochain, ensuite, qui, par son exigence infinie, rend sa pratique quasiment impossible et demeure par là même « la grande énigme de la morale chrétienne » (Vivre). C’est parce qu’elle est paradoxale que la devise de Schweitzer a forcément, selon lui, une dimension tragique. La vie en effet se nourrit inexorablement de la mort des autres (ne serait-ce que celle des végétaux). Rien de moins naturel, si l’on peut dire, que l’éthique de l’amour du prochain et du respect de la vie. Rien n’y est dicté par l’exemple ou par la contemplation de la nature.

Le pasteur Wilfred Monod (1867-1943), qui presque dans chacune de ses prédications évoquait « les obscures et séculaires détresses » de nos frères les animaux « privés de voix » (Notre culte), a des formules saisissantes pour dire que, finalement, la nature est un grand tube digestif, et le lion de la gazelle digérée.

Dans le combat écologique, la défense des animaux occupe une place que trop peu de penseurs chrétiens soutiennent. Les noms d’A. Schweitzer et de W. Monod, et celui de son fils Théodore, honorent à cet égard l’histoire de la théologie protestante. On se rappelle que Schweitzer enfant était choqué que dans la prière du soir on ne le « faisait intercéder que pour les êtres humains » (Souvenirs de mon enfance). Les liturgies et les prières de nos cultes dominicaux ont-elles véritablement fait des progrès en la matière ?

Reconnaître un Dieu bon et son dynamisme créateur, c’est reconnaître un Dieu de toute la création, de tous les êtres vivants. Dans une telle perspective, rien n’échappe à une visée universelle, qui concerne assurément tous les hommes – pas encore véritablement humains – mais aussi les végétaux et minéraux, tous solidaires et frères. Le philosophe Nicolas Berdiaeff (1874-1948) a plusieurs fois écrit que Dieu est humain et qu’il n’y a que les hommes qui puissent être inhumains

A lire l’article de   Bernard Brillet “L’homme peut-il se reconnecter avec la nature ?” et de Marie-Noële Duchêne “Écologie, limites et partage

Don

Pour faire un don, suivez ce lien

À propos Laurent Gagnebin

Avatar
docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.