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L’esprit de prière

Ce livre est un défi pour notre époque sécularisée, il nous offre un parcours de réflexions pour répondre à la question : comment peut-on se réapproprier la prière du Notre Père sans qu’elle soit regardée avec une projection infantile ?
Pour l’athéisme, il n’y a pas de Dieu et le croyant prie pour que Dieu soit. Comment concilier ces deux différentes façons de penser ? « Les espérances du Christ exprimées dans le Notre Père rejoignent les espoirs d’un humanisme athée » nous dit Didier Travier.
Il nous offre ici une relecture « à rebrousse-poil » du Notre Père, c’est-à-dire en changeant l’ordre de la prière. Il se place ainsi dans la lignée de la théologie négative pour exprimer ce que Dieu n’est pas. Le point de départ exprime une anthropologie négative : ce n’est qu’en parlant de l’homme que l’on parle de Dieu.
L’auteur discerne cinq états de précarité chez l’être humain, qui nous révèlent au fond, à travers toutes les parties de son livre, le grand mystère de notre finitude, en essayant de ne pas tomber dans les tentations de l’anthropomorphisme, à la suite du théologien Friedrich Schleiermacher et de la philosophe Simone Weil.
« Le corps précaire, la volonté précaire, le désir précaire, la parole précaire et la confiance précaire. »
Le don premier est à recevoir, confesser cette précarité est avant tout un nouveau commencement, le nom de Dieu est innommable, le langage a ses limites : dépendre, reconnaître et avoir confiance seraient les premiers termes pour parler de cette anthropologie proposée.
De l’homme physique l’auteur passe à l’homme moral : « La terre donne, la nature donne mais elle ne pardonne pas », ce qui est de l’ordre de la morale revient à l’humain.
Didier Travier part du principe que « la prière de l’homme moral né d’une impasse existentielle » et il met en lumière trois visages : la culpabilité d’une conscience, l’impuissance de sa liberté et le découragement. Il y aura donc une transformation de l’acte de détresse en acte d’espérance.
« La prière assume les contradictions de notre époque, l’optimisme et le pessimisme. » Il faut donc un acte de foi pour habiter ses contraires. Cette précarité ontologique fait déplacer notre être. On ne part plus de soi, mais de hors de soi. L’altérité prend place, et la déprise sur la vie et sur les événements est alors possible en confiance.
Cette altérité qui prend corps n’a pas à être remplie de nos fantasmes, de nos imaginaires, de nos représentations. Comme pour le philosophe Kierkegaard, le simple fait de croire est déjà une expérience en soi, un saut qui transforme.
« La prière serait un acte d’abandon, une confiance et une espérance sans objet déterminé, sans destinataire connu, sans raison assurée. »
Cette lecture est un hymne à une « confiance sans nom » pour reprendre le titre d’un autre de ses ouvrages.

Didier Travier, L’homme précaire ou l’esprit de prière, Maisons-Laffitte, Ampelos, 2021, 104 pages.

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À propos Caroline Cousinié

est pasteure de l’Église Protestante Unie de France, envoyée à l’Église Protestante de la Réunion.

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