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L’Église vaudoise d’Italie : contrer l’hécatombe migratoire en Méditerranée

 

Le 3 octobre 2013, un des plus grands drames en mer se produisait au large des côtes italiennes : une embarcation transportant 500 migrants faisait naufrage à moins de deux kilomètres de l’île de Lampedusa, dans l’indifférence presque totale de la communauté européenne. Dans ce naufrage, 366 personnes trouvaient la mort. Cet épisode qui représente une des plus grandes tragédies du siècle dans la Méditerranée, a mis en lumière la nécessité pressante d’exiger des États et des acteurs de la société civile l’adoption de solutions immédiates pour mettre fin aux morts en mer.

Le 31 octobre dernier, près de cinq ans après cette tragédie, un aéroport de Rome est devenu le théâtre d’une rencontre de célébrations et d’espoir. À sept heures, 83 réfugiés syriens qui avaient fui les terribles conséquences de l’interminable conflit dans leur pays en se réfugiant au Liban voisin, ont atteint l’Italie à bord d’un vol régulier, ont été accueillis et pris en charge par les opérateurs sociaux italiens. Aujourd’hui, il y a donc une alternative aux morts en mer.

Cette alternative se nomme « couloirs humanitaires », et est une initiative œcuménique née de la collaboration de la Fédération des Églises évangéliques en Italie, de l’Église Vaudoise, et de la communauté catholique de Sant’Egidio. Faisant suite à la tragédie du 3 octobre 2013, les représentants de la société civile et des Églises de toutes les confessions s’étaient appliqués à trouver une solution alternative aux traversées de la Méditerranée.

Pour faire suite à cette volonté, les organisations ont développé un cadre juridique afin de pouvoir délivrer des visas humanitaires, qui permettent aux réfugiés d’arriver légalement, gratuitement et en avion en Italie sans dépendre des réseaux de passeurs. Le projet se fonde sur la disposition de l’article 25 du règlement communautaire qui régit la concession des visas à titre humanitaire par les États membres de l’Union Européenne. En 2015, ces organisations ont signé un protocole d’accord bisannuel – qui a été réitéré en 2017- avec les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères. 1 363 personnes, au total, ont pu à ce jour bénéficier du projet qui permettra, en 2019, d’atteindre le nombre de 2 000 réfugiés arrivés en Italie à l’aide de voies légales, contrôlables, et sécurisées.

Les bénéficiaires sont choisis après une sélection détaillée qui est effectuée par les opérateurs des institutions participantes sur le territoire libanais. Il est tenu compte du degré de gravité de la situation humanitaire dans laquelle se trouvent ces personnes, mais aussi de la détermination et de la potentielle aptitude à s’intégrer en Italie, une fois sélectionnées. Ainsi le projet des couloirs humanitaires est plus qu’une simple voie d’accès à l’Italie : c’est un projet d’intégration réussi et également réparti dans les nombreuses régions italiennes. Après leur arrivée en Italie, les réfugiés sont répartis entre les nombreuses structures d’accueil des organisations adhérentes, où ils sont accueillis et accompagnés progressivement grâce à un programme d’inclusion sociale, culturelle et professionnelle. L’objectif de ce processus est de mener graduellement tous les bénéficiaires à une autonomie complète. Dès leur arrivée en Italie, les bénéficiaires sont tenus de présenter une demande régulière de protection internationale, puisque les visas humanitaires ne remplacent pas le processus prévu par la loi quant à la délivrance d’un permis de séjour.

Cette initiative est conforme aux dispositions internationales et européennes en matière d’asile. La participation du Ministère de l’Intérieur aux vérifications des visas permet de concilier la sécurité des citoyens italiens avec celle des réfugiés qui vont être accueillis.

Le projet est complètement autofinancé par les institutions participantes, et en particulier grâce au fonds mis à disposition par le « 8 pour mille * » de la Table Vaudoise et les levées de fonds organisées par les autres institutions. Ces caractéristiques ont rendu le projet facilement reproductible et constituent un modèle de haut vol pour les autres États européens. À la suite des résultats très positifs obtenus en Italie, le projet a commencé à être répliqué dans plusieurs pays d’Europe : par exemple, en France où la Communauté de Sant’Egidio, la Fédération protestante de France, la Fédération de l’Entraide Protestante, la Conférence des évêques de France et Caritas France ont signé un protocole d’accord avec les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères permettant la mise en place de nouveaux couloirs humanitaires au départ du Liban dès mars 2017. Des initiatives similaires sont déjà en train d’émerger en Belgique et en Andorre.

Le projet des couloirs humanitaires est une démonstration qui signifie que « ça, c’est une Église qui accueille », comme cela a été récemment déclaré dans le « Manifesto per l’Accoglienza » (Manifeste pour l’Accueil), un pamphlet publié par la Fédération des Églises évangéliques en Italie pour dénoncer les politiques de fermeture des frontières et de démonisation de la solidarité qui se propagent partout en Europe. Une Église ne peut pas arrêter d’être un signe d’espoir concret dans les défis de notre temps.

 * Part de l’impôt sur le revenu versée par l’État italien aux Églises

Site internet : https://www.mediterraneanhope.com/

 

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À propos Francesco Pinotti

est titulaire d’une licence en relations internationales et coopération au développement (Université Catholique de Milan) et est actuellement en Master en droits de l’homme à Sciences-Po Paris et stagiaire à Mediterranean Hope.

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