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La liberté de conscience

 

Poursuivons la réflexion de Jean Dumas sur le dialogue interreligieux pour bien montrer l’importance qu’il revêt dans la perspective libérale de la religion. C’est effectivement la question de la vérité qui est en jeu. Bien souvent le dialogue interreligieux a été compris comme l’occasion de ramener à la raison des croyants qui se fourvoyaient dans d’autres religions que la seule à même de dispenser les saintes vérités à savoir le christianisme. Cela correspond à une vision du christianisme détenteur de l’intégralité de la vérité et qui n’a rien à attendre de qui que ce soit d’autre.

 Le devoir de l’erreur

Mais le christianisme a eu tort dans bien des circonstances. Le christianisme a eu tort notamment dans différentes chasses aux hérétiques qui eurent le tort d’exprimer des désaccords avec la pensée majoritaire de leur époque. Lorsque les chrétiens orthodoxes et les chrétiens catholiques romains ont levé en 1965 les anathèmes qu’ils s’étaient adressés quelques siècles auparavant, ils ont reconnu qu’ils s’étaient trompés par le passé. Lorsque la Fédération luthérienne mondiale et l’Église de Rome ont levé les condamnations réciproques en 1999, elles ont reconnu qu’elles s’étaient fourvoyées lorsqu’elles avaient prétendu avoir raison contre l’autre. Nul n’a le monopole de la vérité.

L’histoire des Églises chrétiennes est exemplaire de l’humilité qu’il convient d’avoir en matière de vérité. Mieux que cela, cette histoire nous montre la place prépondérante qu’occupe l’erreur dans le processus de la vérité. Les erreurs du passé ne disqualifient nullement le christianisme, bien au contraire. Nous pouvons constater que l’erreur fait partie de l’éducation et dire avec le théologien Sébastien Castellion (1515-1563) ou le penseur John Milton (1608-1674) que l’erreur est non seulement un droit, mais une vertu – que seule la liberté rend possible.

Nul ne reprochera à un explorateur d’arriver au fond d’une impasse, de rebrousser chemin et d’essayer une autre voie. Il devrait en être de même au sujet des chercheurs de vérité dont les croyants font partie. Interdire de se tromper, condamner ceux qui errent, c’est priver tout le monde du plus haut degré de vérité, cette vérité qu’on ne peut trouver qu’après des essais qui ne sont pas toujours concluants. Rester sur les sentiers balisés ne permet pas d’atteindre autre chose que des lieux déjà connus, les lieux communs de la pensée. Les scientifiques savent cela : c’est par les erreurs qu’on progresse vers une meilleure connaissance de sa discipline. La liberté est donc ce qui permet d’atteindre une vérité plus grande.

 Le refus de la censure

C’est la raison pour laquelle la censure n’est pas une manière de faire qui soit libérale. La censure conserve ce qui est déjà su, ce qui est communément admis. La censure revient à imposer la vérité du passé ; par conséquent, elle fait obstacle à tout progrès. Autrement dit, la censure condamne une société, une communauté, à stagner dans ce qui est alors une orthodoxie hors de laquelle il n’est point de salut possible. Paradoxalement, cet esprit d’orthodoxie qui pourchasse l’erreur, fait basculer dans l’ignorance, ce qu’on appelle aussi l’obscurantisme. C’est la pensée libre, y compris libre de se tromper, qui permet la connaissance véritable parce qu’on ne sait que ce qu’on croit, ce à quoi on adhère personnellement. John Milton exprime cela dans une phrase de l’Areopagitica : « le libre développement d’un être vertueux est sans doute plus agréable à Dieu que la contrainte de dix êtres vicieux. »

Même à une époque où les fausses informations ont un grand succès, résister à la tentation de la censure est l’une des vocations du libéralisme qui sait que la vérité s’élabore à la condition qu’il y ait une liberté d’expression qui permette aux différentes opinions de se frotter les unes aux autres pour que nous puissions juger en dernier lieu ce qui est digne de foi. Même lorsqu’il se trompe, l’homme est dans la vérité pourvu qu’il soit libre de chercher et donc de se tromper

 

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À propos James Woody

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Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

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