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L’islam vision de soi, vision des autres

Les derniers et dramatiques événements des 7 au 9 janvier 2015 ne font que révéler un problème ancien qui n’a pas été traité : la grande misère de l’islam en France, celle de son vécu par ceux qui le pratiquent et celle de la vision que les uns et les autres en ont. L’islam est devenu un gros mot, un mot qui fractionne et qui sépare. Bien que beaucoup feignent de s’en défendre, il vaut mieux regarder la réalité en face. Le Coran est au sens propre mis à toutes les sauces et invoqué à tort et à travers, que ce soit pour légitimer des idées ou des actes ou pour les délégitimer.

Il n’est pas jusqu’à des intellectuels par ailleurs respectables qui, ne sachant pas par quel bout traiter le problème, n’ont pas craint de s’écrier (en parlant du Coran) que le texte est violent. Beaucoup ont applaudi à cette diatribe qui rejoignait trop bien leurs propres convictions sur la violence, présumée ontologique, de l’islam depuis les origines. D’autres protestent que non, l’islam, leur islam est pacifique et qu’il ne peut être que pacifique.

Pourquoi nier l’évidence ? L’islam d’aujourd’hui est à la fois violent, soit en silence (réprobateur), soit en paroles, soit en actes jusqu’au pire. Il peut aussi être vraiment – ou seulement se croire – non-violent. Toutes ces attitudes sont bel et bien présentes. Rien ne sert de s’indigner. On est face à un symptôme, celui du rapport brouillé de l’homme d’aujourd’hui non face à d’autres hommes mais face à l’image qu’il se fait de la sacralité absolue de sa religion.

Mais il ne faut pas en l’occurrence se tromper de cible. Ce n’est pas le passé de l’islam qui contraint le présent à croire à ce qu’il croit. Ce n’est pas le Coran qui dicte quoi que ce soit aux hommes du présent. Ce sont bien les hommes de chaque époque qui en reconstruisent et en font évoluer la lecture en fonction des enjeux, des crises et des drames de leur temps. C’est toujours le présent qui instrumentalise son passé pour se fabriquer les légitimations qui l’arrangent.

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À propos Rachid Benzine

né en 1971 à Kénitra au Maroc est un islamologue. Son centre d’intérêt est l’herméneutique coranique contemporaine. Il enseigne à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, dans le cadre du Master « Religions et société », et est chercheur associé à l’observatoire du religieux. Il donne notamment des cours à la faculté catholique de Louvain (UCL) et à la faculté de théologie protestante de Paris.

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