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Henri Grégoire (1750-1831)

En dépit des nombreux travaux qui lui ont été consacrés, Henri Grégoire reste en fin de compte un illustre inconnu de l’histoire de la Révolution française. On peut néanmoins le compter au nombre des pères fondateurs de la République.

Né à Vého, en Lorraine, le 4 décembre 1750, il fut tout d’abord un clerc au siècle des Lumières. Curé d’Emberménil, il est le type même du « bon prêtre », animé par la sollicitude pastorale et soucieux du développement intégral des personnes et des communautés qui lui sont confiées, d’où son intérêt pour l’éducation ou pour l’agronomie. Mais par ses lectures, sa correspondance, ses voyages, c’est aussi l’homme de l’ouverture à l’autre. Il est membre de la Société des Philanthropes de Strasbourg, un groupe qui entretient des liens avec la franc-maçonnerie et accueille en son sein de nombreux protestants. Il est en relations avec Jean-Frédéric Oberlin, le pasteur du Ban-de-la-Roche, mystique et chrétien social, qu’il a considéré comme un frère spirituel. En 1789, il publie son Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, jalon sur une route qui aboutira à l’intégration des juifs comme citoyens français.

Il fut ensuite un prêtre et un évêque engagé dans la Révolution française. Député aux États-Généraux (David l’a fait apparaître sur son Serment du Jeu de paume entre le chartreux Dom Gerle et Rabaut SaintÉtienne), à la Constituante, à la Convention (où il siège en habit d’évêque), aux Cinq-Cents et au Corps législatif, il fut un partisan de l’abolition des privilèges, de la monarchie et de l’esclavage. Au comité de l’Instruction publique, il travaille aux projets de mise en place d’une Éducation nationale. Promoteur de la Constitution civile du clergé, élu évêque constitutionnel du Loiret- Cher, il a été l’un des animateurs et organisateurs d’une Église séparée de Rome, nationale et gallicane, à laquelle il resta attaché jusque sur son lit de mort.

Sénateur et comte d’Empire, il fut néanmoins un opposant irréductible à Napoléon et à tous les régimes qui suivront, au nom de sa fidélité à un républicanisme chrétien. En 1809, notamment, il publie Les ruines de Port-Royal des Champs. À travers l’évocation de la résistance janséniste à la monarchie absolue, il y fait l’éloge de la liberté de croire et de penser. Élu député de l’Isère en 1819, il est exclu de la Chambre. Il meurt à Paris le 28 mai 1831. Lors de ses funérailles, 25 000 personnes accompagnent sa dépouille au cimetière Montparnasse.

Chrétien authentique et figure exemplaire de l’engagement citoyen, Grégoire a fondé sa pensée et son action sur des convictions théologiques. Il était habité par l’idée de régénération. Pour lui, offrir la possibilité à tout homme de mener une vie digne de l’homme est une exigence de l’Évangile. Tenant d’un catholicisme purifié, qu’il considérait comme la seule vraie religion, d’où sa sévérité à l’égard du protestantisme, il estimait que l’Église devait être au service de cette régénération. Résister à l’oppression, affranchir, éduquer, autant de tâches proposées à la conscience chrétienne, qui veut reconnaître dans tous les hommes des sujet libres et égaux en droit.

Les restes de Grégoire ont été transférés au Panthéon en 1989 ; l’archevêque de Paris décida qu’il ne pouvait assister à la cérémonie. Stendhal saluait en Grégoire « le plus honnête homme de France ». Ho Chi Minh a vu en lui « l’apôtre de la liberté des peuples ». Même si sa conception de la régénération n’est pas dénuée de préjugés, d’ambiguïtés et de contradictions, il est l’un des grands acteurs de la genèse de l’universalisme moderne. Ce n’est pas pour rien que Maurras voulait voir en la personne de Grégoire tout ce qu’il condamnait dans la France post-révolutionnaire.

À propos Richard Cadoux

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a été professeur d’Histoire à l’Institut Catholique de Paris avant de devenir pasteur de l’Église Protestante Unie de France, d’abord en poste à Vernoux puis actuellement à Paris (Oratoire du Louvre).

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