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Devoir

Accusé de couper les ailes à la liberté et d’étouffer la vie, le devoir a mauvaise presse. On prête à l’homme de devoir une rigidité qui attriste quand on ne l’accuse pas d’être hypocrite. La vie, mue par le désir, surgit d’une source située en amont du devoir. Grâce inaugurale, création permanente, elle enfante la liberté. Mais ne pouvant s’épanouir que dans la relation à autrui, elle exige d’être portée par l’éthique comme l’enfant a besoin d’être fermement guidé pour grandir. Dans le bonheur comme au coeur des ténèbres, le devoir veille sans désemparer sur notre fragile humanité, discret garde-fou qu’il serait présomptueux de mépriser.

  Quand il arrive que le désir tarisse, que tout vire au flou et se mette à vaciller, quand les appuis habituels se dérobent et que le sens de l’existence s’évanouit, seul le devoir permet de rester debout. Face à la tentation du néant, il témoigne à sa pauvre façon de cette vie qui nous vient d’ailleurs et que nous avons vocation à transmettre, invitant l’homme à accomplir humblement les gestes élémentaires et ces sortes de prières premières qui permettent à la vie de continuer malgré tout.

  Compagnon des bons et des mauvais jours, le devoir porte l’homme, le protège de la dislocation dans la tourmente, le garde fidèle à lui-même, à autrui, au monde et à la transcendance que d’aucuns nomment Dieu. Il incarne non seulement la foi en cette part de l’être qui nous constitue, mais notre foi en l’être infini qui anime tous les humains et qui fonde l’univers. Résonnant au diapason de l’ordre qui tient le monde, le devoir tisse la confiance et peut dispenser la joie de vivre jusque dans les pires épreuves.

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À propos Jean-Marie Kohler

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