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Aumônier de prison

Aumônier de prison… un rôle qui étonne souvent, qui interroge… une vocation, sans doute, mais qui ne se distingue pas de celle de toute personne qui se veut disciple de Jésus-Christ : annoncer l’amour infini de Dieu à tout humain quel qu’il soit.

Une histoire personnelle accompagne bien sûr ce choix si particulier. Enfant, chaque matin, en descendant du bus qui me menait au collège, je passais devant le logement du pasteur. Sur la rue donnait un lieu d’exposition dans lequel trônait une Bible. De l’autre côté de la route se trouvaient l’entrée et la longue muraille de la prison centrale. Elles m’effrayaient un peu. Ce passage matinal entre une Bible et une prison n’est pas pour rien dans ce que je suis devenu, aumônier protestant de prison. Le gosse que j’étais ne savait pas encore que cela existait. Une expérience personnelle douloureuse et la nomination de mon pasteur comme aumônier à Fresnes ont déterminé mon avenir. D’abord visiteur, puis auxiliaire d’aumônerie et enfin aumônier, je n’ai cessé, depuis, de fréquenter ces lieux.

Pénétrer dans l’univers carcéral est une chose à laquelle personnellement je ne me suis jamais habitué. Lorsque je sonne à la porte de la maison d’arrêt, une pointe d’angoisse me saisit toujours. Cet espace me semble particulier, comme irréel, comme inhumain. Traverser la cour, attendre à l’autre porte, se délester de ses objets métalliques, passer sous le portique, saluer les surveillants dont c’est l’environnement quotidien ; tout cela se fait comme mécaniquement avec l’habitude de mes 24 années de visites. Pourtant, souvent, me saisit une interrogation essentielle : « Que fais-tu là ? ». Il y a les innombrables grilles, les incalculables tours de clés, et puis ça y est, je rencontre, dans ce monde de béton et de fer, des visages familiers qui me sourient… j’y suis ! C’est alors la visite en cellule, privilège de l’aumônier auquel je suis très attaché parce qu’il renforce l’humain. Je frappe à ta porte, je viens chez toi, nous partageons un moment, une parole, un peu d’humanité et une tasse de boisson chaude. Je voudrais faire l’éloge de cet exécrable breuvage qui voudrait ressembler à du café et que je partage joyeusement avec ces frères. Cette boisson ainsi offerte redonne l’espérance, elle est signe d’humanité, une sorte de communion. En tête à tête dans la cellule nous oublions presque où nous sommes, nous parlons de la vie, parfois de Dieu ou de l’Évangile, parfois simplement de la famille ou du temps qu’il fait… Le vaisseau de pierre nous transporte dans un ailleurs riche d’espérance pour le détenu comme pour moi. On m’a parfois reproché d’oublier les victimes, de m’apitoyer sur des gens en peine mais qui, somme toute, l’ont bien mérité. En réalité nous nous situons à un autre niveau : celui de l’humanité qui se sait pécheresse mais vit de la Grâce.

Une expérience fondamentale s’acquiert en ce lieu, celle de « parler en langues » ; il ne s’agit pas de glossolalie, mais du devoir d’abandonner le langage « ecclésial » pour partager l’Évangile avec des gens qui ont peu, voire aucune référence biblique ou religieuse. C’est une nécessité qui pousse à sortir de son propre schéma intellectuel pour rencontre l’autre. Cette obligation se fait sentir en particulier lors des cultes qui doivent être adaptés au lieu et au public.

J’ai aussi appris une forme particulière d’œcuménisme qui m’a fait concélébrer des cultes avec la Mission tzigane ou avec l’aumônerie catholique. Ce grand écart théologique renvoie à sa propre foi et donne une ouverture.

Je voudrais aussi dire combien ce ministère est enrichissant pour celui qui l’exerce. L’aumônier est une « personne chargée de distribuer des aumônes », dit le dictionnaire. Que pouvons-nous tenter de distribuer, si ce n’est cet Amour que nous avons reçu ? Juste un peu de vie, de chaleur, d’humanité dans ces lieux étranges qui en manquent tant. Mais si l’aumônier donne, il est aussi celui qui reçoit. Des connaissances sur la Justice, la société, l’humain, mais aussi et surtout de l’amitié, de la fraternité, et des marques d’espérance qui ne s’adressent pas à lui, mais à Celui qui l’a envoyé là, sans qu’il sache vraiment pourquoi. Ces signes, il les retrouve au détour d’un sourire, d’un regard, d’une poignée de main… là où s’exprime l’indicible.

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À propos Jean-Pierre Pairou

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membre de l’Église protestante unie de Carcassonne, est retraité de l’éducation nationale, diplômé de la faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Desservant laïc à plusieurs reprises et prédicateur mandaté, il a exercé durant des années le ministère d’aumônier de prison.

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