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La Promesse

 

Cet ouvrage bref est riche de questions et propose un « recours pour notre époque ». Vincent Peillon a écrit dans notre mensuel en 2018 un article intitulé Quelle religion pour quelle liberté ? Il est directeur de recherches au CNRS. Philosophe, il appuie son propos sur Rousseau, Kant, Hegel, souvent Machiavel mais aussi Pascal et Levinas. Inutile d’être de sa grande érudition pour suivre avec plaisir « l’interrogation de cette notion paradoxale » qui renvoie le lecteur à l’alliance dans la Bible hébraïque. Que désigne la promesse ? Pour l’auteur, elle est à recevoir plus qu’à croire, non comme un résultat à saisir mais comme une fonction d’ouverture, d’espérance, un bien qui n’est pas à acquérir mais un appel pour un devenir désirable.

Si Vincent Peillon traite avec humour des promesses des hommes politiques qui s’adressent à des crédules pas si crédules généralement, il entraîne le lecteur à réfléchir à l’engagement. Il interroge la nécessité de respecter les promesses, aborde la notion de contrat, s’attarde sur celle d’alliance puis sur la nécessité de la confiance. Le temps en tant que durée implique fidélité, persévérance, donc un engagement de l’un à l’égard de l’autre.

Le philosophe exprime sous différentes formes l’exigence de la promesse. Il précise par exemple que « cette recherche vient heurter le principe du contrat, qui est précisément de tenir Dieu à l’écart du fondement même du lien politique. Entre l’autonomie et l’hétéronomie, il faut choisir ».

En rapprochant la politique de la sagesse biblique, l’auteur propose une espérance dont j’aime la force car elle contient « une promesse de libération, une promesse de fertilité, de descendance, de terre, de justice et de joie aussi, ce dont témoigne le rire d’Isaac ». Vincent Peillon s’attarde sur l’alliance de Dieu avec Abraham qui n’est pas bornée à sa réussite. Abram devenu Abraham par la promesse , une promesse « interminable », est modifié dans son devenir de « père d’une multitude de nations» (Genèse 17,4). « Le schéma biblique de la promesse juive se retrouverait dans toutes les politiques de la modernité. Qu’elle soit marxiste société sans classe, hégélienne réalisation de l’Esprit, positiviste règne de la science, des faits et des lois, libérale règne de la prospérité et du droit, socialiste avènement de la justice et de l’égalité, la politique se propose toujours a minima comme un chemin qui conduit à réaliser un idéal, donc comme une espérance en vue d’une fin concernant la totalité du genre humain. » C’est dans cette perspective que la promesse entre théologie et politique est un « recours pour notre temps » et sans doute une nécessité.

Vincent Peillon, La promesse, Paris, PUF, 2019, 128 pages.

 

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À propos Michèle Pourteau

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a été enseignante en IUFM pour la formation des professeurs des écoles. À la retraite, elle poursuit des activités de formation, que ce soit au Bénin à Songhaï, centre de formation agricole pour l’élaboration des projets d’entreprise des agriculteurs, ou dans le cadre d’une université de théologie en ligne (domuni.org).

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