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Le dialogue interreligieux : la lutte contre la barbarie

 

Oὔτοι συνέχθειν,  ἀλλὰ συμφιλεῖν ἔφυν. « Ce n’est pas pour partager la haine mais la fraternité que suis née ». Antigone, Sophocle, (523).

Le dialogue interreligieux est une vieille conversation des hommes. Lesté de l’expérience et porté par la raison, il s’inscrit dans une longue histoire.

Hier, du « Parlement des religions » à l’épreuve de la Grande guerre, de la Shoah à l’obligation faite au christianisme de revoir son propos, jusqu’à la globalisation du XXe siècle, des guerres d’Irak ou de Syrie aux attentats terroristes, le processus de rencontres s’est accéléré. L’éthique et l’écologie ont investi son champ.

Ce dialogue est donc affaire mondiale. Au lieu de ne voir donc l’initiative interreligieuse qu’ici ou là, il faut se faire à l’idée que c’est déjà avec Luther, Schleiermacher, Schweitzer, King, Tillich, Vissert’Hooft, Barth, Ellul, Martin (co-fondateur de l’ American Jewish Committee [AJC] ), Gisel, Keshavjee ou Siegwalt, que les choses se pensent, en protestantisme et avec tant d’autres dans les autres confessions.

La religion est relecture des textes fondateurs, lien entre les hommes et respect scrupuleux de l’altérité dans le visage duquel « le tout-Autre » se révèle lors du culte. J’affirme donc qu’une culture sans culte s’offre à la barbarie. C’est de cette réflexion sur la barbarie que naît le dialogue et non de quelque coquetterie intellectuelle.

Sa mission est de dire la fraternité au nom de cette altérité que l’on nomme Père ou transcendance, et d’inviter les pouvoirs à la paix dans la Cité. Le mot d’Antigone, elle qui pourtant n’a pas d’avenir, s’adresse en effet à l’autorité mais veut aussi conjurer les maux qui s’abattent sur la cité de génération en génération. Contre la haine, le dialogue.

La crainte d’aujourd’hui sera donc celle d’une crise du politique, celle de la faillite de la cité démocratique où des religions ensauvagées et se croyant sans limites voudront y exercer seules le pouvoir. La Conférence des responsables de cultes en France comme tant d’autres conseils des religions sont les signes de cette nécessité. Les associations, les Instituts et les Universités, les élus, les responsables de projets (Emouna Sciences politiques, Institut des Hautes Etudes du Monde Religieux [IHEMR] ) qui œuvrent dans ce sens ont tous conscience de réparer l’oubli des choses enfouies qui nous guident, de relier les esprits et d’apprendre le respect, ce regard humain sur l’humain. Le protestantisme français, engagé dans ces projets, a créé la commission des relations avec le judaïsme dès 1948, la même année que la création du Conseil œcuménique des Eglises, et en 1960 celle qui dialogue avec l’islam. Devant nous, le lien avec le bouddhisme… La conversation est loin de s’éteindre.

À lire l’article de Jean-Paul Guetny ” Guerre des Dieux ou dialogue des religions? “

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À propos François Clavairoly

est pasteur de l’Église protestante unie de France, il est actuellement Président de la Fédération Protestante de France (FPF).

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