Un matin, j’attends le métro à la station Pasteur. Apposé sur une affiche pour le prochain concert de Pascal Obispo : JÉSUS SAUVE. La juxtaposition de cette confession de foi avec le compositeur de L’important c’est d’aimer m’interroge : Jésus a-t-il sauvé le chanteur ? Ses fans ? Ce genre d’appositions, qu’elles prennent la forme de revendications taguées sur des camions de livraison ou des affiches publicitaires, se multiplie. Cela relève sans doute du témoignage. Dans la grande famille du protestantisme, nous en avons, les uns et les autres, une interprétation différente. Mais tous nous témoignons. Jésus sauve à la station Pasteur. La veille, sur le quai de la gare d’Aix-en-Provence, j’interpelle Mathilde Forget, une jeune romancière (À la demande d’un tiers, Grasset) rencontrée durant les Correspondances de Manosque et lui déclare avoir apprécié l’évocation de Jésus et de la tempérance dans certains passages de son livre. Elle me demande aussitôt : « Tu es protestant ? » Dans ce roman noir, lumineux et drôle à la fois où la narratrice enquête afin de découvrir les raisons qui ont poussé sa mère à se jeter du haut d’un château, l’évocation de son enfance peut donner lieu à des phrases savoureuses telles que : « De manière générale j’ai peur de déranger, certainement à cause de mon éducation protestante ».
Malgré quelques imprécisions sur les spécificités réformées, j’ai beaucoup aimé la rencontre avec une auteure qui n’a pas peur d’interpréter librement une parole de Jésus (« laisse les morts ensevelir leurs morts », Mt 8, 22) ou d’évoquer une qualité chère à Calvin (la tempérance). À l’heure où le nom de Jésus fleurit un peu partout sans autre forme d’explication et où le prosélytisme intrusif d’une minorité va jusqu’à déranger les propres membres d’Églises évangéliques, j’ai reçu ce roman comme une interpellation inattendue de la part d’un endroit et d’un milieu on ne peut plus laïcs (la littérature de fiction, le festival de Manosque) sur ce que pouvait signifier pour moi le témoignage de l’Évangile
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