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L’Europe : parler en langues !

 

Bruxelles, un matin d’hiver. Je monte dans le Thalys pour Paris. Je m’assois à ma place, en laissant libre celle d’à côté. Je me réchauffe, mais je reste dans ma bulle individualiste : mon téléphone (pardon mon « GSM », nous sommes en Belgique, pays de mon cœur) devant moi, les infos qui défilent, les mails qui me disent tout le travail que j’aurai à faire en arrivant à Paris. À trois minutes du départ, un homme, cadre dynamique bien sous tout rapport, monte dans le wagon (je vous laisse trouver la prononciation belge de ce mot…) et me demande si la place à côté de moi est libre. Rien de bien étonnant, c’est vrai. Oui, mais, avant que je n’aie le temps de répondre à sa question, il me l’a posée en quatre langues : anglais, français, allemand et néerlandais (flamand)… Je lui réponds un timide « oui ». Il engage alors la conversation dans ma langue, pendant les 1 h 15 du trajet. J’apprends qu’il est britannique, fonctionnaire européen. J’admire sa dextérité à parler aussi bien le français, comme je l’admire toujours chez ceux qui sont multilingues, d’autant plus que, dans ce domaine, je frôle le zéro pointé, bien qu’ayant commencé à apprendre huit langues étrangères.

 Et d’un coup la réalité de l’Europe m’apparaît, comme une Pentecôte revisitée. Oui, l’Europe c’est le « parler en langue », pas la glossolalie qu’évoque parfois la Bible, succession de sons, de borborygmes vaguement discernables par d’autres. Non, le vrai « parler en langues », c’est-à-dire dans des langues intelligibles, intelligentes qui, chacune, différentes, spécifiques, apportent leur pierre à la construction d’une réalité encore à revisiter : la culture européenne. Non pas celle, uniforme qui régirait les esprits et les pratiques, mais celle de la diversité, de la convivialité nourrie de ses différences internes.

 Juste un exemple : en français, avec le verbe « aimer », je peux aimer le foie gras, ma femme, Dieu et mes frères humains. En anglais, deux verbes : « like » et « love ». En grec biblique, trois verbes… Et si on retrouvait la subtilité des langues plutôt que l’uniformité du conformisme.

 

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

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est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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