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Un roman policier… protestant

 

 

Un ami m’a offert peu avant Noël un roman écrit, me dit-il, par une protestante, Martine Jullian. Mais, précise-t-il, il s’agit là d’un

roman policier. L’auteure a été enseignante d’espagnol pour les classes préparatoires. Elle a, d’ailleurs, déjà publié un ouvrage intitulé Civilisation espagnole. Après avoir lu son roman, je peux dire, selon une formule suisse, que j’ai été déçu en bien. L’ouvrage a capté mon attention et le suspense fut de la partie.

Le récit se passe en 2006 dans une paroisse dont le temple protestant est le théâtre de deux meurtres. La paroisse, située dans le 17e arrondissement de Paris, est fictive. Mais Martine Jullian restitue avec fidélité non seulement l’atmosphère d’une telle paroisse, mais aussi ses différentes dimensions : l’église, le Conseil presbytéral et son trésorier, le culte, etc. On retrouve là toute la diversité d’une communauté où se croisent des personnes très différentes, allant de la jeune pasteure, née à Berne, à la gardienne d’origine camerounaise, sans oublier le héros du récit, un mystérieux SDF assassiné, accueilli par elle dans un cagibi désaffecté du temple et cela en plein hiver. Martine Jullian, paroissienne du temple du St-Esprit à Paris et dont le père fut conseiller presbytéral, sait de quoi elle parle.

Le caractère rigoureux de son roman s’affirme à travers une autre enquête, historique, habilement liée à celle de la police. Elle concerne un énigmatique Réformateur, Wolfgang Musculus ; d’où le prénom figurant dans le titre du roman (Wolfgang), le temple étant placé sous son égide. Je me rappelle que Jean Baubérot compare parfois le travail de l’historien à celui d’un commissaire. W. Musculus, personnage fictif lui aussi ? Je consulte tout de même plusieurs dictionnaires et la fameuse Encyclopédie du protestantisme (1995 et 2006) avec ses 1 370 rubriques et ses 48 dossiers : aucun Wolfgang Musculus. Je consulte encore l’incomparable Encyclopédie des sciences religieuses, dite Encyclopédie Lichtenberger. Surprise : au tome 9 qui date de 1880, plus de 20 lignes sont consacrées à Wolfgang Musculus. Réformateur né en Lorraine et mort à Berne, l’ « écolier errant » y devint professeur de théologie en 1563. Il est l’auteur de plusieurs commentaires bibliques. Sa vie est, elle aussi… un roman. Martine Jullian nous en apprend beaucoup plus sur ce Réformateur à la fois très moderne et méconnu que l’Encyclopédie. On ne s’ennuie pas en lisant ce roman et sa double intrigue où la question de la tolérance figure en bonne place.

 

Martine Jullian, À l’ombre de Wolfgang, Edilivre, 2018, 159 pages.

 

À propos Laurent Gagnebin

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docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

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