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La pensée islamique loin des caricatures

 

À la fois clair et accessible tout en étant exigeant sur le plan des connaissances et de la réflexion, qualités principales de toute bonne synthèse, le livre de Constance Arminjon – maître de conférences à l’École pratique des hautes études de Paris – est une excellente introduction à la pensée politique en Islam, à l’époque contemporaine. Après avoir resitué les deux courants principaux – le sunnisme et le shî’isme – dans leurs traditions respectives, démontrant parfaitement le caractère construit et dynamique de ces traditions pourtant renvoyées à un héritage immuable, l’auteur nous invite à parcourir le XIXe et le XXe siècle pour suivre l’évolution, à travers les débats et leurs applications, de la réflexion musulmane autour des concepts politiques. En consacrant, pour le XXe siècle, un chapitre particulier au monde sunnite et un chapitre particulier au monde shî’ite, Constance Arminjon nous permet de saisir la diversité première des paradigmes, des héritages et des pensées entre ces deux branches, tout en montrant également leur diversité interne. Dans les temps troublés qui sont les nôtres, beaucoup d’ignorants anonymes, autoproclamés grands connaisseurs d’une religion qu’ils ne cherchent pas à comprendre mais seulement à condamner, dépeignent volontiers l’islam comme un monde immuable et figé où tout ne serait que violence, ne laissant place ni à la culture ni à la réflexion. Ce livre simple et précis permet de se convaincre de la fausseté absolue de cette vision où seule la haine rivalise avec l’ignorance. La richesse des polémiques, la puissance des argumentations et la précision des penseurs apparaissent à de nombreuses reprises, rappelant à ceux qui – aveuglés – ne le croient pas, que l’islam est aussi une religion de l’intelligence. Les cadres de la réflexion comme les références peuvent parfois nous sembler étrangers voire étranges mais, au-delà du trouble que peut faire naître l’altérité culturelle, la dignité de la pensée musulmane est parfaitement illustrée. On citera, en exemple, les débats particulièrement intéressants qui agitent le monde musulman au lendemain de l’abolition du sultanat ottoman, en 1922, puis – surtout – du califat, en 1924, par Mustafa Kemal : on y voit notamment comment la période inaugurale de la civilisation islamique, celle des califes dits bien-guidés, est toujours invoquée comme référence absolue mais avec, derrière l’invocation de cette tradition partagée, une diversité de réflexions et d’héritages réels bien souvent postérieurs historiquement à ces quatre premiers règnes. Le dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « Droit islamique et droits de l’homme », est également tout à fait passionnant. L’ensemble de cette synthèse permettra à ceux qui la liront d’appréhender facilement la profondeur historique et intellectuelle de la pensée islamique, loin des caricatures qui nous assomment trop souvent.

Constance Arminjon, Une brève histoire de la pensée politique dans l’islam contemporain, Genève, Labor et Fides, 2017, 232 pages.

 

À propos Maxime Michelet

est étudiant, diplômé d’un master d’Histoire contemporaine à la Sorbonne ; issu d’une famille de tradition athée, il a rejoint le protestantisme libéral à l’âge adulte à travers le temple de l’Oratoire du Louvre de Paris.

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