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Dieu créateur

 

L’idée d’un Dieu créateur n’est pas essentielle dans la Bible. Elle apparaît à peine dans le Nouveau Testament, pas du tout dans les évangiles. Dans l’histoire du peuple d’Israël, Yahvé, à l’origine, était une divinité locale qui n’était pas responsable de la création du monde. Puis il devint le Dieu d’Israël, tandis que d’autres peuples avaient d’autres dieux.

Ce n’est que pendant l’exil à Babylone que le divin est pensé comme universel. Apparaît alors le monothéisme. Car pendant l’exil, Israël a été conduit à s’ouvrir à d’autres nations et penser que leur Dieu devait aussi régner sur les autres peuples. Au retour de l’exil, Dieu peut devenir le créateur puisqu’il règne sur la totalité du monde. Les récits bibliques de la création datent de cette époque. Évidemment que leurs auteurs ne savaient rien du processus de formation de l’univers puisque aujourd’hui, après tant d’années de recherche, on ne sait toujours à peu près rien sur ce sujet (dixit Étienne Klein, astrophysicien, lors des conférences du centenaire de notre journal). Ces récits sont donc symboliques, il faut les lire comme des mythes et, comme l’écrivait Paul Ricœur, le mythe dit autre chose que ce qu’il dit. Une autre question est de connaître Dieu, de savoir ce qu’il est, ce qu’il a fait et comment il l’a fait. Nous n’avons de Dieu que l’idée que s’en est faite la culture judéo-chrétienne à travers la Bible et autres écrits fondamentaux. Et bien des auteurs ont dit : « Nous savons qu’il est, mais nous ne savons pas comment il est. » Dieu est inconnaissable. Entre un Dieu que nous ne connaissons pas et une création de l’univers qui nous échappe, il est bien difficile de parler d’un Dieu créateur.

Ou bien au contraire, puisque nous ne connaissons ni l’un ni l’autre, dire que Dieu est ce qui fait que le monde existe, et toutes les créatures avec. Dire que Dieu est la raison par laquelle nous sommes, alors que nous devrions ne pas être. La seule cause sans cause, dirait Aristote. C’est sans doute ce que voulait exprimer le mythe de la Genèse.

 

À propos Henri Persoz

est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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