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« J’aperçois les gens ; je les vois comme des arbres, mais ils marchent » Marc 8,24

 

297-26BQuelle étrange image, digne du cauchemar d’un botaniste éthylique ! Jésus ici veut guérir un aveugle, avec des gestes discutables sur le plan de l’hygiène comme de la thérapie : il commence par cracher sur les yeux de l’infirme. Il doit s’y prendre à deux fois ; la guérison se fait attendre et doit rester secrète.

Ce n’est pas un hasard si juste avant Jésus accuse ses disciples eux-mêmes de ne rien voir, c’est-à-dire aussi de ne rien comprendre : « Vous avez des yeux, ne voyez-vous pas ? » (Mc 8,18). Et juste après notre épisode, il leur demande de confesser leur foi.

Et si la foi était d’abord un regard qui voit plus loin que l’apparence, une autre façon de voir la réalité des êtres et des choses ? Si la foi était un parcours où peu à peu s’ouvre le regard ? Ainsi cette guérison laborieuse serait signe du passage progressif des disciples de l’aveuglement au regard ouvert de la foi.

Pour vivre cette ouverture peut-être faut-il d’abord en passer par le rêve, l’irrationnel, entrer dans cette forêt de signes, de symboles, de miracles, qui jalonnent l’Évangile. Jésus selon Luc parle même d’un sycomore qui se planterait dans la mer (Lc 17,8), comme image de foi plutôt surréaliste mais hautement symbolique. Peut-être faut-il partager ce regard qui dépasse l’espérance, qui ouvre des brèches dans le possible.

Ici la première étape où l’aveugle commence à voir est donc celle où il aperçoit « les gens comme des arbres qui marchent ». Le faux regard qui tue est celui qui fige les autres, qui les enferme dans des cases ou des catégories, qui met à part aussi ceux qui semblent différents, qui arrête le temps. Ce sont les yeux des autres qui nous font vivre ; s’ils nous figent, nous sommes morts.

Commencer à entrer dans le regard de Dieu, c’est voir les autres en marche vers quelque chose que peut-être ils ignorent, auquel ils aspirent sans vraiment le connaître, voir l’être humain inachevé, en devenir. Ouvrir les yeux, c’est commencer à voir hommes et femmes en route vers ailleurs, même si pour nous ils ne sont encore que des ombres ou des arbres. C’est une étape sur le chemin vers la clarté du regard qui ouvre l’avenir, qui voit l’autre comme mon frère ou ma sœur, et en eux, partout, une force de vie qui dépasse le présent.

Mais qui peut prétendre voir toute chose et tout être de ce regard d’amour créateur de vie ? Souvent peu-être nous en restons au stade intermédiaire, quand se dessinent au loin, à contre-jour, des arbres marcheurs, à la lisière du rêve et du réel.

Vous avez des yeux, ne voyez-vous pas ? Je vois au loin des arbres, pas encore des femmes ou des hommes, mais déjà les voilà qui marchent. Loin des regards qui ferment le temps, qui arrêtent le vent et l’espoir, la foi est un regard faussé par l’espérance, qui ouvre partout des chemins d’aventure, à la suite de Jésus, le marcheur de l’amour.

Au-delà de la croix, de l’humiliation qui fige tout, de la mort qui ferme tout, le regard de rêve des disciples, de diverses manières, et le nôtre à leur suite, l’a vu marcher encore devant nous. Il est là sur nos chemins, comme s’il nous précédait par-delà la tombe et ouvrait sous nos pas sans cesse, à travers le temps et l’espace, à travers les terres et les mers, une route de lumière.

 

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À propos Jacques Juillard

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est pasteur de l’Église protestante unie de France, en retraite, mais en addiction persistante à creuser l’insondable. Prix Évangile et Liberté 2011.

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