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Aider Haïti ?

 

Port-au-Prince après le séisme de 2010. Photo Marco dormino/ the united nations united nations development Programme © creative commons cc bY 2.0-

Port-au-Prince après le séisme de 2010. Photo Marco dormino/ the united nations united nations development Programme © creative commons cc bY 2.0-

Janvier 2010. C’est dans le chaos des jours qui ont suivi le séisme qu’a lieu mon premier contact avec Haïti : je pars avec une mission médicochirurgicale chargée de faire fonctionner le seul hôpital encore debout. La traversée de Port-au- Prince dans le noir absolu, au milieu des décombres et des immenses camps de réfugiés, est impressionnante. Les O.N.G. ont installé leurs tentes à Petionville, banlieue huppée épargnée par le séisme, dans les parcs des villas louées à prix d’or à leurs riches propriétaires…

Dormir sous les étoiles au sommet d’une colline dominant cette ville en ruines est une expérience extraordinaire, quasi mystique : du fond des vallées plongées dans l’obscurité montent toutes les nuits vers le ciel les cantiques des rescapés. Polyphonie extraordinaire au sein de laquelle je reconnais nombre de « nos » cantiques protestants. À Haïti, la religion est partout et la foi se vit intensément.

Hélas, « mon » hôpital ne fonctionne pas. Les caisses venues du monde entier s’accumulent. Le directeur s’est réfugié sous une tente-abri somptueuse offerte par le Rotary… Il refuse, comme la presque totalité du personnel d’entrer dans son hôpital : une peur que l’on peut comprendre, même si tous les experts certifient la solidité du bâtiment. J’en suis réduit à opérer dans la rue, devant l’hôpital, sous une vague tente, ou à « squatter » l’hôpital de campagne fort mal équipé de confrères cubains, très accueillants au demeurant.

Les stratégies chirurgicales sont très variées : les Américains, experts en prothèses, n’hésitent pas à amputer, sauvant sans doute nombre de vies. Les Européens sont beaucoup plus conservateurs, au prix de traitements plus compliqués, car ils savent qu’il n’y a ici aucune possibilité d’appareillage.

Au milieu des ruines la vie a repris. Tous les bâtiments officiels, à l’instar du palais présidentiel et de la cathédrale, sont détruits. Dans les collines environnantes, les favelas ont glissé au fond des ravines, s’accumulant en montagnes de gravats. Partout de petites échoppes ouvrent, des écoles se sont improvisées : l’enseignement est une passion à Haïti. Des centaines de femmes font la queue pendant des heures pour obtenir un peu d’eau et de nourriture. À Haïti, survivre dans l’épreuve est un sport que l’on apprend dès l’enfance. Un an plus tard, me voici à Léogane. Cette petite ville, épicentre du séisme, est détruite à 90 %. Médecins Sans Frontières (MSF) y a installé un hôpital rustique mais bien équipé. Il ne s’agit plus maintenant de réparer les victimes du séisme mais de participer au fonctionnement d’un hôpital saturé en permanence. Le choléra, importé par les soldats de l’ONU, a fait son apparition. Les conditions de circulation et le comportement au volant des Haïtiens génèrent une activité intense en traumatologie. En outre, les problèmes de violence sont de plus en plus fréquents : plaies par armes blanches, armes à feu etc. Trois séjours ont suivi. J’ai le sentiment d’être utile et efficace, même si de nombreux cas dépassent les possibilités techniques de l’hôpital et ne pourront être pris en charge de façon satisfaisante. Une excellente collaboration règne entre les expatriés et les praticiens haïtiens, dévoués et désireux de s’instruire. Hélas, en 2014, cet hôpital si utile et même indispensable ferme, laissant tout le sud de l’île sans centre hospitalier convenable.

C’est donc à Port-au-Prince que je reviens : MSF Belgique a construit dans la ville basse, à côté de la tristement célèbre cité-soleil, un hôpital qui se veut « hôpital de référence » pour toute la traumatologie haïtienne. Une belle et coûteuse réalisation dont la maintenance est difficile. La tentation de faire « trop bien » doit être évitée ici comme ailleurs.

Cinq ans après le séisme, si les ruines ont disparu, la reconstruction est peu avancée et la plupart des problèmes demeurent. La vie politique est chaotique, le niveau de vie reste misérable. Quelques grands travaux d’infrastructure, financés par la communauté internationale, ont été lancés mais ne progressent guère. L’ambiance a changé : l’insécurité est devenue un problème majeur, empêchant pratiquement tout contact entre la population haïtienne et les expatriés. Les Haïtiens ne voient des O.N.G. que les innombrables 4×4 blancs frappés de divers sigles qui sillonnent leur ville, toutes vitres relevées. Elles sont accusées de faire monter les prix, ce qui est sans doute en partie vrai, même si elles sont génératrices d’emplois et d’activité économique.

Leur rôle positif indiscutable et indispensable en l’état actuel sur le plan médical est ainsi occulté par un sentiment d’« invasion ». Le risque d’un divorce entre les O.N.G. et la population haïtienne est donc réel. Lors d’une réunion organisée par le DEFAP à l’occasion du 5e anniversaire du séisme, des accusations très sévères ont été lancées contre « les O.N.G. », sans que personne ne les contredise ou les nuance… En ce qui me concerne j’ai pu, grâce à l’Institut Protestant de Théologie, établir des contacts avec certains responsables de l’Église Réformée de Haïti et, là encore, j’ai été impressionné par l’intensité de leur foi et leur dévouement sans faille.

Haïti : un défi qui ne peut pas nous laisser indifférents. La France y est espérée et attendue.

Haïti, un pays de foi dont les protestants français ne peuvent se désintéresser.

 

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À propos Jacques Beurier

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est chirurgien en orthopédie-traumatologie. Il a participé avec différentes Organisations Non Gouvernementales à des missions chirurgicales en Afrique et, depuis 2010, en Haïti. Il est étudiant à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris).

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