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Il y a cinquante ans : la fusion des Églises libre et nationale du canton de Vaud

Reymond Berrnard 2En 1966, deux Églises réformées qui s’étaient séparées quelque 120 ans plus tôt, ont « fusionné » : l’Église libre et l’Église nationale du canton de Vaud (Suisse). Leur scission, mais aussi leur fusion, présentent à vrai dire un caractère assez unique en son genre.

Des formations d’Églises libres ou indépendantes se détachant des Églises dites « nationales », il y en a eu d’autres. Dans le canton de Genève, des milieux touchés par le Réveil se sont constitués en Église libre en 1831 pour des raisons essentiellement doctrinales : ils reprochaient à l’Église nationale son libéralisme théologique et ce qu’ils tenaient pour la tiédeur de sa piété ; cette Église libre est toujours restée minoritaire par rapport à la nationale. Dans le canton de Neuchâtel, c’est également pour se désolidariser du catéchisme libéral que souhaitait faire prévaloir le gouvernement cantonal, influencé par Ferdinand Buisson, que l’Église indépendante s’est constituée en 1873, entraînant cette fois-ci dans son sillage la majorité des pasteurs et des fidèles.

Situation et motivation tout autres dans le canton de Vaud. Pour bien les comprendre, il faut savoir que jusqu’en 1866, date où elle a été dotée d’institutions synodales, l’Église réformée de ce canton a vécu sous le régime hérité de la période bernoise au moment de la révolution vaudoise de 1798 : elle était administrée par le gouvernement cantonal et ne disposait pas de ses propres organes de direction. Or ce gouvernement crut bon d’interdire, en 1824, les assemblées de « mômiers » qui se tenaient chez des privés en marge du culte « officiel ». Le sang du théologien Alexandre Vinet (1797- 1847), alors professeur de français à Bâle, ne fit qu’un tour : il réalisa que, à son sens, les relations qu’entretenaient jusqu’alors l’Église et l’État étaient « adultères et funestes ». Dès ce moment, Vinet défendit dans des ouvrages et des articles à grand retentissement, même en France, l’idée – le « dogme » – que l’Église et l’État doivent être radicalement séparés. Mais l’Église n’en devait pas moins rester « multitudiniste », c’est-à-dire celle de toute la population.

La révolution radicale de 1845 a été l’occasion de mettre en œuvre cette idée de séparation : le nouveau gouvernement cantonal a si bien voulu imposer ses vues aux pasteurs que la majeure partie d’entre eux a purement et simplement démissionné et a été suivie par un certain nombre de fidèles, mais moins important qu’ils l’avaient espéré. Ensemble, ils ont formé en 1847 l’Église évangélique libre du canton de Vaud dont la seule différence notable par rapport à l’Église restée « nationale » était sa complète autonomie par rapport à l’État. Pour avoir toute la crédibilité voulue, elle s’est immédiatement dotée d’une Faculté de théologie indépendante de celle de l’Académie. Jusqu’en 1966, on a ainsi eu dans le canton de Vaud deux Églises réformées sans différences théologiques notables, sauf leur statut par rapport à l’État et le fait que les « libristes » devaient soutenir financièrement leur institution et souscrire à une très courte et relativement anodine profession de foi.

Les débats assez vifs qui ont préparé la fusion de 1966 ont par conséquent été d’ordre essentiellement ecclésiologique. L’évolution générale de la société, donc aussi du statut du religieux en son sein, a rapidement fait entrer cette fusion dans les mœurs, et les anciennes différences entre « libristes » et « nationaux » sont maintenant complètement estompées.

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À propos Bernard Reymond

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né à Lausanne, a été pasteur à Paris (Oratoire), puis dans le canton de Vaud. Professeur honoraire (émérite) depuis 1998, il est particulièrement intéressé par la relation entre les arts et la religion.

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