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Pour une fin de vie non-violente

290-09-4 Joëlle Randegger poursuit son chemin dans le domaine de l’éthique protestante. Nous avions récemment publié un article sur son livre Le mariage dans tous ses ébats.

Dans cet ouvrage tout aussi dense que les précédents de la même collection (Convictions et société), l’auteur prend soin de dire d’où elle parle. Médecin pédiatre en Afrique et en France, elle a vécu la mort de près et particulièrement celle des enfants, ce qu’elle appelle « le fil rouge et noir de ma vie » et qui « demande de rester debout, sans revêtir une carapace d’insensibilité ni se laisser entraîner dans le gouffre de la désespérance ».

Joëlle Randegger commence par évoquer les demandes d’euthanasie en pédiatrie pour faire comprendre au lecteur toutes les nuances qu’il convient d’apporter dans ce débat, et la difficulté de mettre des mots sur des expériences de souffrance ultime. L’auteur propose pourtant de trouver ces mots, « simples, des mots d’amour » : « Si nous osions, par ces mots justes et vrais et par une présence totalement bienveillante, accompagner les mourants ? » Elle propose une grille de lecture qui s’inspire de la notion de besoin fondamental en distinguant les besoins du corps, de l’âme et de l’esprit qu’il faut connaître et combler. On y trouvera beaucoup de réponses, de témoignages et de situations vécues, et surtout encore beaucoup d’interrogations du fait que ce livre n’est ni un manuel de soins palliatifs ou de développement personnel, ni un essai.

Le chapitre intitulé Voix protestantes est lui aussi représentatif du soin que prend l’auteur à ne pas asséner des affirmations péremptoires, d’où un pluriel bienvenu. Cependant, Joëlle Randegger défend son point de vue, sans caricaturer ceux qui pensent autrement et qu’elle sait nombreux, et considère qu’une fin anticipée par un geste létal est une réponse inappropriée à une situation inacceptable. Elle reste nuancée, citant Albert Schweitzer qui s’interroge lui-même dans une lettre en 1951, lui dont, selon l’auteur, « l’éthique […] se situe au-delà de toutes les actions éthiques prédéterminées. Il faut dans chaque cas réfléchir, peser, évaluer, avant d’agir. […] Il [le geste létal] échapperait donc à toute appropriation collective et ne pourrait être “légiféré” pour éventuellement être reproduit, technicisé, codifié ».

Joëlle Randegger offre dans le débat une voix singulière et libre, protestante dans toute sa complexité et ses références.

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À propos Olivier Guivarch

est secrétaire national d’une fédération syndicale de salariés, après avoir étudié la théologie protestante et exercé le métier de libraire. Il participe au comité de rédaction depuis 2004.

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