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Le monothéisme est-il source de violence ?

Le monothéisme biblique fait actuellement l’objet de vives critiques. On lui reproche d’engendrer des fanatismes et de susciter des affrontements parfois sanglants. Moïse, considéré souvent comme le père du monothéisme, refuse la coexistence entre religions. Il prêche un « Dieu jaloux » qui interdit d’avoir « d’autres dieux devant sa face ». Il entend purifier la spiritualité du peuple hébreu et combattre les autres cultes. Le judaïsme, le christianisme, l’islam auraient hérité de Moïse une intransigeance génératrice d’une violence qui est, comme l’écrit l’égyptologue Jan Assmann, « le prix du monothéisme ».

Cette critique est à la fois pertinente et discutable. En effet, le monothéisme est complexe. Dans la Bible, il prend deux formes : l’une insiste sur l’alliance, l’autre met l’accent sur la création. « Alliance » désigne ici le lien particulier que Dieu noue avec des « élus ». Dans l’humanité, il distingue des hommes et des groupes (le peuple juif ou l’Église) auxquels il se révèle et avec lesquels il entretient une relation spéciale. Pour beaucoup, l’alliance se trouve au cœur du message biblique et en définit le contenu ; c’est pourquoi on parle d’Ancien et de Nouveau Testament (« testament » veut dire alliance). Même si cette relation spéciale comporte une mission pour l’ensemble des « nations » et a donc une visée universelle, il n’en demeure pas moins qu’elle confère à quelques uns une sorte de monopole. Ceux qui s’estiment ainsi « choisis » par Dieu pensent le plus souvent que Dieu se rencontre uniquement dans l’alliance dont ils sont bénéficiaires. Ils veulent l’étendre, de gré ou de force, au monde entier. Un monothéisme centré sur l’alliance favorise effectivement une grande intolérance.

Si, dans la Bible, l’alliance tient une grande place, un autre thème tout aussi important vient l’équilibrer et la contrebalancer : celui de la création. Par création, il ne faut pas ici entendre un acte ou un événement originel qui aurait, au début ou au commencement, mis en route l’univers et son histoire. Le terme de création se rapporte au lien permanent que tout ce qui existe entretient avec Dieu. Dieu agit et se manifeste partout ; il ne réserve pas à quelques-uns sa parole, sa présence et son action. Tous les humains sont ses enfants, pas seulement les juifs et les chrétiens. S’il se révèle dans une histoire singulière (celle de l’exode, celle d’Israël, celle de Jésus), il n’exclut ni ne privilégie personne. Un monothéisme centré sur la création favorise de bonnes relations avec les autres, parce qu’ils sont comme nous enfants de Dieu. Par contre, il risque de conduire à une religion vide parce que trop vague et englobante. La création corrige l’alliance en affirmant que mon Dieu est aussi le Dieu de tous ; elle interdit le rejet de l’autre, de celui qui appartient à une communauté ou à une religion différentes des miennes. L’alliance proclame que le Dieu de tous est en même temps mon Dieu, celui que je rencontre dans mon existence d’une manière singulière, elle affirme que j’ai avec lui une relation personnelle vivante et unique, et pas seulement un lien général. Il ne s’agit nullement d’harmoniser les deux thèmes dans une synthèse qui les neutraliserait et les figerait, mais de les comprendre et de les vivre en tension. Le thème de l’alliance et celui de la création ont l’un et l’autre de la vérité, mais leur vérité dégénère, s’abîme et se gâte sans la contestation qu’apporte l’autre thème.

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À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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