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Vous avez dit « féministe ? »

Le Groupe Orsay tire ses origines du réseau « Jeunes Femmes », né au sortir de la dernière guerre. Cet espace de rencontre et de libre réflexion, devenu incontournable pour bien des protestantes – mais aussi des catholiques et des non croyantes –, a compté dans les années 1970 jusqu’à 10 000 membres. Le mouvement s’est peu à peu sécularisé et celles qui souhaitaient poursuivre l’étude de la Bible et de la théologie, encouragées par Madeleine Barot, ont décidé de faire scission. C’est ainsi que le Groupe Orsay a vu le jour.

Dès 1979, il organisait à Orsay des colloques qui furent autant de joyaux ciselés avec précision, dont les actes ont été publiés. Quelques titres : « Les femmes et l’Église » ; « Notre corps de femme entre liberté et solidarité » ; « Droits et cultures : Françaises, immigrées, étrangères – quel avenir pour les femmes ? » ; « Nos convictions et nos solidarités face à l’actualité (être lucides et espérer) ». C’est un groupe de réflexion, toujours en appétit de travaux d’exégèse, d’analyses des mentalités et des sociétés, d’informations sur la condition des femmes aux quatre coins du monde… Un groupe relié à de nombreux réseaux internationaux et œcuméniques et informant à son tour au travers de son bulletin : Les Échos du Groupe Orsay. S’y sont retrouvées, selon les occasions, des réformées, des catholiques, des adventistes, des femmes d’Afrique et d’Europe du Sud, des amies juives également.

À partir de 1991, eut lieu cette rencontre, improbable, avec de jeunes musulmanes installées en France, pratiquantes et désireuses d’échanger avec des chrétiennes convaincues. Malgré la différence des cultures et des générations, un dialogue s’est instauré. Il fut sincère, passionné, riche et durable. Ces dernières années, les musulmanes sont reparties vers d’autres engagements mais n’ont pas renié celles avec qui elles avaient lu, ensemble et pendant de longues années, la Bible et le Coran. D’autres colloques ont valorisé les expériences et compétences de femmes, souvent agnostiques, engagées dans des actions sociales initiées par des municipalités dans des quartiers défavorisés.

Le Groupe Orsay se trouve aujourd’hui dans ce passage délicat que vivent bien des associations un peu anciennes : il faut poursuivre, sous une forme qui n’est pas donnée d’avance… ou mourir. Boosté par l’élaboration et l’édition de l’exposition « Femmes d’espérance, femmes d’exception – ces protestantes qui ont osé » (*), il ne lâche pas quelques questions d’actualité : comment se comprendre, comme groupe de croyantes, dans le paysage des féminismes ultra-laïcs d’aujourd’hui ? Ou encore : quelle est la pertinence d’une réflexion sur la condition des femmes face aux questions posées aujourd’hui autour du « genre » ou des nouvelles parentalités ? Peut-être, pour poursuivre l’aventure, faudra-t-il aller vers un partage sur Internet d’apports sur ces thèmes, proposés par des femmes (ou des hommes…) appartenant aux différentes Églises de la Fédération protestante de France…

Au fond, on pourrait définir le Groupe Orsay comme une cellule de « veille ». Florence Rochefort (CNRS), invitée tout récemment, a alerté sur la difficulté accrue d’évoquer les inégalités qui existent encore, dans une société qui se croit et se déclare égalitaire. Elle a également insisté sur l’avantage d’être un groupe de femmes pouvant parler « hors institution ». C’est profondément ainsi que se pensent les membres du Groupe Orsay, qui élaborent elles-mêmes des outils pour avancer, dans le pluralisme des origines et des convictions.  S. B.-D.

(*) Cette exposition peut être achetée au prix de 80 euros (+ 12 euros de frais de port). Contact : boudier@ presenceprotestante.com

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À propos Séverine Boudier Daudé

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