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Un temps pour lire…

Guylène Dubois et Valérie Kappes, libraires de « Un temps pour tout » – la librairie protestante du 47, rue de Clichy à Paris 9e –, nous proposent quelques suggestions de lectures pour le temps des vacances.

Marjolaine Chevallier

Éd. Le Croît vif, 2012, 341 p., 16 €.

  En 1661, Louis XIV prend le pouvoir et décide de ne pas accepter deux cultes chrétiens : le peuple doit suivre la religion du prince, et ceux qui ne veulent pas de la religion catholique peuvent quitter la France. En 1681, ont lieu les premières dragonnades. Une quantité de gens signent alors collectivement – et parfois honteusement – leur renoncement à la foi réformée. Environ 200 000 protestants partent vers les pays du Refuge, Provinces-Unies, Prusse, Genève… Pour ceux qui restent, la surveillance va être très stricte. Les Psaumes interdits sont ces chants entonnés par les prisonniers pour animer leur foi. Dans l’esprit de Louis XIV, s’il n’y a plus d’édifice, plus de clergé, le protestantisme n’existera plus. L’histoire prouvera le contraire. Marjolaine Chevallier est partie d’un fait divers : le naufrage d’un bateau en provenance de Hollande sur la presqu’île d’Arvert en Saintonge. Ce bateau transportait une valise remplie de Bibles et de missives – notamment celles de Pierre Jurieu – en provenance du Refuge. Marjolaine Chevallier tout en menant une intrigue romanesque rend hommage à ces femmes, à ces hommes, qui continuèrent à lire la Bible et à avoir une pensée « critique » sur la religion.

Annie Saumont.

Julliard, 2012, 190 p., 16 €.

  Annie Saumont n’écrit que des nouvelles. Elle en a rédigé environ 300 ! Et toujours avec la même inventivité, la même modernité et un art époustouflant de l’ellipse et de la chute. Quelques pages lui suffisent pour animer en quelques traits ses personnages, saisir une vie, suggérer l’intime, avec un mélange subtil de cruauté et d’indulgence. Elle affectionne surtout les êtres privés d’amour, les êtres un peu bancals, et donne souvent la parole à ceux qui ne savent pas bien parler… les enfants, les gens simples, les paumés. Chez Annie Saumont, pas de plaintes, pas d’emphase, pas de descriptions psychologiques, et pas non plus de bons sentiments. Dans la plupart de ses nouvelles, elle nous laisse entendre la voix du personnage, c’est lui qui raconte. Pour cela, elle n’hésite pas à déranger la syntaxe, à employer des expressions familières, des tics de langage. Ses thèmes favoris sont les solitudes enfantines, les drames de l’adolescence, les micro-événements qui vont faire basculer une vie, les meurtrissures, les désarrois familiaux ou amoureux, toutes les failles intimes des êtres humains que nous sommes. C’est ainsi qu’une tache ancienne sur un tapis refait surface, et avec elle la culpabilité d’avoir par mégarde brisé une vie. C’est ainsi que les enfants d’aujourd’hui ne jouent plus à la poupée ou aux petites voitures, mais à l’apocalypse. Ou qu’une histoire d’amour naissante entre une jeune fille et un charmant interne en chirurgie dentaire prend une tournure « dentesque » ! Une peinture au couteau du genre humain – d’un couteau bien affûté !

Sofie Oksanen

LGF, 2012, 341 p., 7,60 €.

  Purge se déroule en Estonie, à l’heure de l’indépendance en 1991, dans ce rêve de liberté tant attendue. Une femme, vivant encore dans la peur de l’autorité russe, voit à sa fenêtre une autre femme, mendiante, affamée, en quête de secours. Avec crainte, elle va lui ouvrir sa porte, et avec elle s’engouffre le souvenir des années passées sous l’autorité russe, le souvenir des délations, des compromissions et des souffrances dévastatrices. L’auteur finlandaise sait nous rendre sensibles aux conditions de vie de cette Estonie aux prises avec l’histoire russe puis allemande, puis avec son indépendance.

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À propos Guylène Dubois

entrée au comité de rédaction en 2014, fut bibliothécaire puis libraire. Elle travaille aujourd’hui dans l’univers radiophonique.

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