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Les animaux méritent-ils de vivre ?

Les rapports de l’homme et de l’animal ne sont pas toujours clairs ! Si nous caressons notre chat avec amour, nous mangeons du poulet, du boeuf et parfois même du cheval. Mais nous laissons à d’autres le soin de les abattre, sans trop oser y penser.

Notre rapport au monde animal est contradictoire, car si nous disons aimer les animaux de compagnie, comme les chiens et les chats, nous affectons une indifférence quasi totale pour les animaux utilisés dans la recherche et l’élevage industriel. Cet aveuglement à la souffrance nous est comme donné par une longue tradition de justifications.

L’humanisme des Lumières, en soulignant les traits caractéristiques de l’être humain – la raison, le langage, la culture –, fait de celui-ci un être supérieur aux autres êtres vivants. Sur le plan éthique, cela signifie qu’il est le seul à posséder une dignité inaliénable. À l’homme seul revient le droit d’être traité comme une fin et jamais simplement comme un moyen. Une théologie chrétienne traditionnelle affirme pour sa part que les animaux n’ont pas d’âme, que seul l’homme a été « créé à l’image de Dieu » et qu’il a pour mission de « dominer la terre et tout ce qu’elle contient ». Cet anthropocentrisme ratifie l’infériorisation animale, laquelle consiste à destituer les animaux du droit d’avoir des droits.

Il existe en revanche des philosophes pour affirmer que l’humanité n’a pas de privilège absolu sur le plan moral par rapport aux autres espèces. C’est notamment le cas de Jeremy Bentham (1748-1832) pour qui la question n’est pas de savoir si les animaux peuvent raisonner ou parler, mais s’ils peuvent souffrir. Peter Singer, dans La libération animale (1993) s’est inspiré de cette théorie pour défendre une forme de justice envers les animaux. Nous dénonçons volontiers la cruauté envers les animaux domestiques et la pratique de la vivisection dans la recherche médicale ou encore la corrida, la tuerie des bébés phoques ou le commerce de la fourrure, mais qu’en est-il des animaux dont l’existence n’a pas d’autre raison d’être que de devenir de la viande pour les humains, comme les poules, les vaches et les cochons ? W

On tient pour allant de soi des violences dont la forme est si bien intégrée dans notre société qu’il devient impossible non seulement de les penser, mais encore de les voir. Ainsi l’habitude de manger de la viande et l’incapacité d’envisager que l’on pourrait s’en passer font taire en nous la « petite voix de la conscience » dont parle Rousseau. L’extrême banalité du mal que représentent la souffrance et la mort de millions d’animaux ne peut nous émouvoir tant nous sommes convaincus que ceux qui souffrent et meurent sous le joug de l’exploitation ne font que répondre à la destination qui est par nature la leur. L’animal n’a pas de vie en soi, il n’a qu’un statut de marchandise. Son cadavre dépecé est d’ailleurs rendu méconnaissable quand, passant de l’abattoir à la boucherie, il a été transformé en bien consommable.

La mort indolore n’est pas une solution, car quand bien même on ne fait pas souffrir l’animal que l’on tue, on le prive toutefois d’un bien fondamental, à savoir la liberté de vivre. En ôtant la vie à un être, on lui ôte le potentiel d’accomplissement qui était le sien. Or chaque créature devrait avoir droit à la vie.

C’est ce qu’avance Albert Schweitzer lorsqu’il raconte dans Ma vie, ma pensée (1931) comment, naviguant sur le fleuve Ogooué, dans la lumière du soleil couchant, il aperçut un troupeau d’hippopotames que son bateau avait dérangés et dispersés. À la vue de ces êtres incongrus germa en lui l’idée que l’éthique pure n’avait d’autre fin que la vie elle-même. L’idée du « respect de la vie » a son point de départ dans cette vision. Ce respect de la vie, élargi à tous les vivants, constitue le fondement moral du végétarisme.

Ces considérations donnent à la notion bouddhiste de compassion envers tous les êtres une portée de bienveillance bien plus universelle que celle de charité chrétienne limitée aux seuls humains. Du reste, un tel degré de sollicitude est-il incompatible avec l’Évangile ? Le message du Christ, qui s’adresse à celui qui est faible et sans défense, ne devrait-il pas être donné sans considération à tous les êtres ?

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