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Jean Cabriès

Jean Domon nous rappelle les qualités d’écriture de cet auteur protestant récemment disparu. Il fut le collaborateur fidèle de Marcel Gosselin pour l’émission télévisée Présence protestante, le dimanche matin.

  C’est en termes singulièrement sibyllins que les Carnets du Monde nous annonçaient, l’été 2013, la mort de Jean Monnier survenue à Marseille le 8 juin. Ultime signature de cet homme simple et discret qui à l’âge de 25 ans avait publié, sous le pseudonyme de Jean Cabriès, un chef-d’oeuvre d’écriture et d’invention : Saint Jacob. Ce roman fut en 1954 un événement dans le petit monde littéraire parisien et une surprise pour notre très petite société protestante. C’était l’histoire de ce personnage bien connu de l’Ancien Testament, mais revécue en toute liberté au présent, à travers le regard d’un lecteur attentif et amusé, du récit biblique. Édité chez Plon, le texte fut réimprimé en 1968 par Robert Morel sous la forme d’un objet original pour finalement accéder à l’honneur du Livre de poche.

  Ses nombreux lecteurs, émerveillés par la beauté du style et l’humour du propos, réclamèrent une suite. Ce à quoi il répondait invariablement : « Tant de livres s’écrivent pour dire toujours la même chose ! » On risquait de perdre la trace de ce conteur exceptionnel retourné dans le secret de sa ville natale, Marseille.

  Il y eut heureusement la rencontre entre cet homme du Sud et un homme du Nord : Marcel Gosselin. Ce tout jeune pasteur, qui, de son côté, s’était fait remarquer pour sa passion du cinéma, fut chargé par l’ORTF, avec l’encouragement des autorités Réformées, de créer l’émission télévisée Présence Protestante sur TF 1 en Octobre 1955.

  L’homme à la Caméra ressentit alors le besoin d’être secondé par une Plume. Ce fut le début d’une profonde amitié et d’une fidèle collaboration. Cabriès allait devenir, par l’écriture et la parole, la « voix off », accompagnant les images de textes tour à tour documentaires, méditatifs ou poétiques.

  L’occasion fut assez vite donnée à Marcel Gosselin de mettre à l’ouvrage cette mission d’accompagnateur lorsque, en 1961, TF 1 confia à l’équipe de Présence Protestante le soin de rendre compte, en accord avec Le Jour du Seigneur, du Premier Pèlerinage oecuménique au Pays de la Bible. Jean fut automatiquement invité à être le journaliste de c ette expédition.

  Ses souvenirs d’École du Dimanche ne lui donnaient aucune envie d’aller voir de près la Palestine « sur les pas de Jésus » ! Et, de plus, en compagnie de 38 chrétiens avides de pieuses émotions ! Il céda pourtant aux injonctions de Marcel.

  Et cela nous donna ce trésor de 500 pages que Robert Morel eut à nouveau le plaisir de confectionner en livre-objet en 1968 : Le Caravansérail. En réalité, un Journal de voyage signalant jour par jour la visite de chacun de ces lieux saints à travers Israël et la Jordanie. Mais avec la griffe de l’écrivain, enrichie tout au long de savoureuses digressions et de confidences, qui en font, pour nous lecteurs d’aujourd’hui, le véritable intérêt : la découverte de Cabriès lui-même.

  Il se livre sans réserve. Depuis son amour pour sa ville, son mistral et sa mer, jusqu’à sa lecture exigeante du Texte biblique, qu’il maîtrise parfaitement, en passant par de belles pages sur le corps, la Nature, le désir, la foi ou la mort. Il nous entraîne dans sa quête fervente et inquiète de c e Dieu-laïc : l’Homme Jésus.

  Lecteurs, précipitez-vous dans une bibliothèque ou sur votre ordinateur, écumez les bouquinistes, et lisez Le Caravansérail à la rencontre de cet écrivain protestant avant qu’on ne l’oublie !

Suggestions bibliographiques :

Jean Cabriès :

Saint Jacob, Plon 1954, Poche,1968.

Le Caravansérail, Robert Morel, 1968.

Voix off, Les Bergers et les Mages, 1981.

Marcel Gosselin : Les protestants et la télévision, Cerf 1984.

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