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Du vivant et de son image

Ron Mueck, sculpteur australien contemporain hyperréaliste, a exposé à la Fondation Cartier, à Paris, une dizaine d’oeuvres étonnantes qui ont été abondamment commentées. Luc Dorian place cet artiste dans la très longue lignée des trompe-l’oeil.

  Depuis la plus haute antiquité, la représentation à vocation illusionniste, c’est-à-dire l’imitation artistique de « la réalité » jusqu’à parvenir à s’y méprendre, constitue un puissant courant de l’histoire de l’art. D’anciennes légendes, recueillies et rapportées par Pline, nous parlent déjà de raisins si fidèlement peints qu’ils attirent les oiseaux ou de rideaux si délicatement rendus que même des artistes tombent dans le piège de vouloir les écarter. La tromperie optique parvient parfois à un tel degré d’excellence que la vivification visuelle des figures ainsi incarnées suscite une juste admiration. Pensons un instant aussi, dans un autre registre, à ces hypothèses astrophysiques qui envisagent un Univers plat et dont l’illusion tridimensionnelle serait le fait d’un formidable hologramme…

  Si ce courant illusionniste a pu prendre, au XIXe siècle, les traits d’un naturalisme plus ou moins académique, au XXe, c’est surtout l’hyperréalisme qui le prolonge jusqu’à nous. Voici historiquement ébauché le fil conducteur – mais nullement réducteur – qui nous conduit à la singulière production sculpturale de l’Australien Ron Mueck dont un bel échantillon a été présenté, à Paris, à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain jusqu’au mois d’octobre. On y voit des personnages reproduits avec un déconcertant souci du détail (que celui-ci soit capillaire, épidermique ou vestimentaire) et avec un non moins désarmant mélange d’attention et de tendresse.

  Là où Ron Mueck rompt avec la chaîne – voire avec les chaînes – d’un réalisme illusionniste c’est dans l’échelle à laquelle il représente toujours ses personnages soit plus grands soit plus petits que le sont ou le seraient les modèles. Certains de ces personnages apparaissent plongés dans une solitude toute existentielle et d’autres, au contraire, engagés dans une relation à l’autre, muette certes, mais de ce fait d’autant plus touchante. Parfois aussi, la disposition finale des figures les place dans un registre autre et insolite, comme cet homme bronzant sur son matelas pneumatique qui, accroché sur le mur, renvoie malgré lui l’image d’une bien curieuse crucifixion.

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