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Introduction : Tolérance et liberté

   Évangile et liberté pourrait-il s’appeler Évangile et tolérance ?

   Vincens Hubac écrivait (E&L no 196), à propos du protestantisme libéral : « Nous défendons la liberté, nous prônons la tolérance et l’accueil de la pensée d’autrui. » Trois affirmations nécessaires !

   Le libéralisme (du latin liber : libre) consiste à autoriser et garantir à chaque individu une certaine liberté : liberté économique d’entreprendre, dans le domaine politique ; liberté de croire, et de pratiquer un culte sans contrainte dogmatique dans le domaine religieux.

   La tolérance (du latin tolerare : supporter) est une qualité nécessaire pour arriver au libéralisme. Mais elle n’est pas suffisante, bien qu’elle ait souvent ouvert la voie à la liberté.

   En 1789, le pasteur Rabaud Saint-Étienne proclamait devant l’Assemblée constituante : « Ce n’est pas la tolérance que je réclame, mais la liberté », soulignant ainsi que la liberté est une exigence plus fondamentale que la tolérance.

   Définie comme la possibilité d’agir sans contrainte, la liberté, place tous les hommes sur un pied d’égalité, alors que la tolérance sous-entend la notion de « vérité ». Je tolère que mon prochain se trompe, mais j’espère qu’un jour, il sortira de l’erreur. Jankélévitch écrit : « La tolérance est un moment provisoire. Elle permet à ceux qui ne s’aiment pas de se supporter mutuellement, en attendant de pouvoir s’aimer. »

   Rabaud Saint-Étienne continuait : « La tolérance… je demande qu’il soit proscrit à son tour, et il le sera, ce mot injuste qui ne nous présente que comme des citoyens dignes de pitié, comme des coupables auxquels on pardonne. » Mais Jean Baubérot souligne au contraire (Colloque de Genève, oct. 1994) : « Il y a peut-être la nécessité d’une dialectique, d’une tension entre liberté et tolérance, la tolérance étant l’acceptation que l’autre puisse avoir tort, donc qu’on ne mette pas entre parenthèses le problème de la vérité. Cela implique qu’on refuse une liberté indifférente où les diverses opinions se valent. »

   Sylvie Rachet, professeur d’histoire, nous présente, dans le cahier de ce mois, un aspect peu connu de Vauban. En effet, ce fidèle serviteur de Louis XIV, d’origine modeste, ne s’est pas contenté de fortifier les frontières. Il s’est élevé contre la révocation de l’Édit de Nantes, prenant la défense des protestants, contraints à l’exil en 1685, s’ils n’abjuraient pas, comme il prit celle des paysans, écrasés d’impôts.

   Vauban était-il libéral ? Le libéralisme n’est certes pas une spécificité du protestantisme, mais Vauban est probablement plus réaliste que libéral. Car il n’agit pas tant par conviction philosophique ou religieuse que par souci d’efficacité pour le royaume.

   Il n’en reste pas moins qu’il a été un jalon important vers le siècle des Lumières, en prônant une tolérance dont l’époque n’était pas coutumière.

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À propos Marie-Noële Duchêne

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est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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