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Introduction : Hérésie et tolérance

   Après l’exécution de Michel Servet (1553) Sébastien Castellion a publié le Traité des hérétiques dans lequel il s’élève contre la persécution des hérétiques, et prône une certaine tolérance.

    Le mot d’hérésie résonne comme une notion négative, péjorative, or son étymologie est un programme : « hairesis », en grec, signifie « choix ».

   Une hérésie, dans l’Église, est une doctrine contraire à la doctrine « orthodoxe » (qui signifie « opinion correcte »). La Réforme est une hérésie ; Jésus lui-même n’était-il pas un juif hérétique lorsqu’il déclarait (Mt 5) : « Il a été dit […] mais moi je vous dis […] » ?

   Pour les protestants libéraux l’hérésie évoque plutôt la liberté, la responsabilité, la réflexion et la tolérance. André Gounelle écrit (Penser la foi, Van Dieren éd.) : « Il n’y a de foi véritable qu’hérétique, c’est-à-dire libre, responsable et réfléchie. Ne voyons pas dans l’hérésie une infidélité à l’Évangile : l’Évangile est hérétique. »

  Que veut dire « tolérance » ? Ce vocable se rattache à la racine indo-européenne tol- dont dérivent les mots latins tollere signifiant enlever, quelquefois détruire, et tolerare voulant dire supporter, parfois combattre. Ainsi l’idée d’effort, de lutte sous-tend la notion de tolérance. Effort, lutte, pour s’arracher au dogmatisme des orthodoxies, au poids des schémas identitaires, afin de s’ouvrir à la rencontre de l’autre en sa différence même. Pensée par Castellion, Spinoza, Locke et surtout Pierre Bayle, elle a été portée aux nues par Voltaire, qui aurait écrit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire.» La tolérance est le corollaire de la liberté.

   La tolérance n’est pas indifférence : elle ne s’ouvre pas indifféremment à toutes les idées qui se présentent. Elle a des limites et ne doit pas devenir complaisance. « Si l’on est d’une tolérance absolue envers les intolérants et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et avec eux la tolérance », écrit Jankélévitch dans le Traité des vertus.

   Le tolérable dans la façon de penser et d’agir dépend de notre conscience morale, et varie donc suivant les époques et les sociétés.

   La tolérance exige la réciprocité pour être réalisable : elle implique le refus de la violence et la reconnaissance de la discussion (éventuellement conflictuelle) comme seul moyen légitime de persuasion. Le dialogue est le lieu par excellence de l’exercice de la tolérance.

Dans ce second cahier sur Sébastien Castellion Philippe Vassaux, pasteur de l’Église réformée de France et historien, développe « l’affaire Servet » et l’influence posthume des idées de Castellion, penseur d’avant-garde de la Réforme.*

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À propos Marie-Noële Duchêne

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est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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