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Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis » Exode 3,14

 

Le texte dit en fait : « Je suis celui que je serai », je suis celui à qui on peut se fier, qui ne change pas. C’est exactement la conception de la vérité pour l’Ancien Testament. Ce n’est pas l’aletheia des Grecs, pour lesquels la vérité est ce qui sort de ce qui est caché. C’est ce qui est fermement établi, qui tient sa promesse, qui exécute sa menace, qui répond à l’espérance donnée. L’être n’est pas la forme la plus achevée de ce qui est, mais il est ce qui donne à tout ce qui est la possibilité d’être. C’est pourquoi l’être ne peut pas être défini, mais seulement décrit au moyen de métaphores. Ainsi je le décris comme puissance d’être, en tant que puissance positive originelle, opposée à la puissance négative, au non-être possible. L’énoncé fondamental sur Dieu, à savoir qu’il est l’être lui-même ou la puissance d’être, exclut qu’il soit un être parmi d’autres êtres. Par là nous excluons quelque chose de considérable : le culte idolâtre. Le culte des idoles (ou l’idolâtrie) peut se rencontrer aussi bien dans le monothéisme que dans le théisme protestant que dans le judaïsme et partout ailleurs. Il n’est pas lié au polythéisme. Même un Dieu peut être une idole, par exemple un Dieu qui est un être à côté d’autres êtres et ne serait pas l’être lui-même, décrit comme la puissance d’être ou le fond ou le sens de l’être ou toute autre métaphore analogue. Dieu est la réponse à la question soulevée par la finitude de l’homme. Il est le nom pour ce qui nous concerne de façon absolue. […] Ce qui préoccupe l’homme de façon absolue devient pour lui son Dieu. L’être de Dieu est l’être même. Il ne peut être compris comme l’existence de quelqu’un ou de quelque chose à côté ou au-dessus d’autres êtres. Si Dieu était un être parmi d’autres il serait soumis aux catégories de la finitude et plus particulièrement à l’espace et au temps. Même s’il était appelé l’être suprême, au sens d’être le plus parfait et le plus puissant, cela ne changerait rien. Appliqués à Dieu, les superlatifs sont en réalité des diminutifs. Ce n’est qu’en apparence qu’ils l’élèvent au dessus de tous les êtres, en réalité ils l’abaissent à leur niveau. Dire que Dieu est l’être même est une affirmation non-symbolique (*). Cette affirmation ne conduit pas au-delà d’elle-même. Elle signifie directement et simplement ce qu’elle dit. Il est vrai qu’au-delà ce cette affirmation, on ne peut rien dire sur Dieu en tant que Dieu qui n’aurait pas de caractère symbolique. Toute déclaration concrète sur Dieu doit rester symbolique.

* P. T. Tillich (1866-1965) exprime ici un point fondamental de sa pensée : Dieu n’est pas un être, au dessus des autres êtres ; une sorte de superpuissance. Il est l’être même, le fondement de l’être, que l’on découvre au plus profond de soi. Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis » Paul Tillich Exode 3,14 (*) Pour l’auteur, est symbolique ce qui montre le divin, ce qui l’exprime : une histoire, une image, un événement, un rite, un texte biblique. Le symbole n’est pas divin en lui-même, mais il désigne le divin.

(Tiré de Voici je fais toutes choses nouvelles ! Textes choisis de Paul Tillich ; éd. Oberlin, 1995)

 

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