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Conversion, repentance, pénitence et consolation

Pour accueillir le temps de Noël, Jean-Baptiste nous dit : « convertissez vous » ou « repentez vous ». Qu’est-ce à dire ?

 Convertissez vous

Cela ne signifie pas dans la Bible changer de religion, mais faire une démarche spirituelle dans sa religion. Le mot, en grec, comme en hébreu signifie : faire demi-tour, changer de direction, reconnaître qu’on s’est éloigné de Dieu et y retourner.

Ce vers quoi l’on se tourne est plus important que là où on est. C’est le message du salut par la foi : la foi est ce vers quoi nous nous tournons, ce en quoi nous croyons, notre visée, et c’est ça qui compte, plus que ce que nous parvenons concrètement à faire ou à être.

Nous sommes invités donc à changer notre façon de voir, plus qu’à obéir à une loi morale, reconnaître qu’on s’est détourné pour retourner à Dieu. Et cela, pas une fois dans sa vie, mais sans cesse.

 Repentez vous

L’action de Jean-Baptiste précise les choses : il faut aussi « confesser » son péché, or « confesser » signifie « reconnaître publiquement ». Pour changer, il faut donc reconnaître sa faute, son imperfection, la regarder en face et aspirer au pardon. Ce pardon, Jean-Baptiste l’annonçait en le formalisant par l’immersion dans l’eau qui lave et purifie. C’était un geste d’ablution, courant dans la pratique juive et que le fidèle était appelé à répéter régulièrement.

 Faites pénitence

Ça, c’est ce que l’on entend dans la version latine de la Bible qui traduit « repentez-vous » par « pænitentiam agite ».

Or tout le monde pense que le mot « pénitence » vient de poena qui signifie la peine, la punition. Comme si avouer sa faute était en accepter la punition, ou faire des actes de contrition, d’auto-punition, un prix à payer pour obtenir le pardon. Mais c’est une erreur. D’abord par rapport au sens du texte : Jean-Baptiste ne demandait aucun geste de pénitence autre que de reconnaître
Conversion, repentance, pénitence et consolation sa faute et d’accepter la grâce. Et c’est faux aussi à partir de l’étymologie du mot. Aujourd’hui les versions latines écrivent pénitence en latin : poenitentia avec un « o » ; dans les textes plus anciens cela ne s’écrivait pas avec un « o », mais avec un « a » : pænitentia. La « pénitence » ne vient donc pas de poena la punition, mais de pæne qui signifie « à peine », « presque ».

Il s’agit donc de reconnaître qu’on n’a pas été tout à fait ce qu’on aurait dû être, reconnaître un manque de quelque chose, plus qu’un excès de défauts. Cela doit nous inciter à nous ouvrir à Dieu, à aspirer à Dieu, faire de la place pour accueillir son don, reconnaître notre manque, notre besoin de Dieu.

C’est le sens de l’Avent : apprendre à accueillir Dieu, ouvrir une route, préparer le chemin du Seigneur, non pas en s’appuyant sur sa culpabilité (ni sur ses qualités), mais en prenant ses manques et ses aspirations comme source de dynamisme. C’est sortir de soi pour aller en quête vers l’autre et vers Dieu. Les Béatitudes le disent aussi : « heureux les pauvres en esprit », « heureux ceux qui ont faim et soif… ».

 Soyez consolés

La « repentance » en hébreu se dit par deux mots : l’un est shouv qui signifie tourner, retourner, nous l’avons vu, et l’autre est naham qui signifie bien : se repentir, regretter, mais aussi, et c’est curieux : consoler. C’est ce mot qui se trouve en tête d’Ésaïe 40 pour parler de Jean-Baptiste : la « voix qui crie dans le désert » est introduite par cet appel : « consolez, consolez mon peuple ». C’est la grâce : pas de menace, il n’est pas dit : convertissez-vous si vous voulez être pardonnés ou sinon vous serez punis, mais le pardon est premier.

Avant de dire : convertissez-vous, il faut dire : vous êtes pardonnés. Avant de vouloir convertir, il faut d’abord consoler et réconforter.

Le nom de Jean-Baptiste d’ailleurs va dans ce sens : Io Hannan signifie : Dieu fait grâce. Tout cela prépare les chemins du Seigneur : pour pouvoir accueillir le Christ, pour pouvoir vivre vraiment Noël comme une expérience personnelle, il faut se convertir, reconnaître avoir besoin d’aide, et savoir que Dieu est à la fois le but et le viatique pour aller à ce but.

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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