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Prières publiques

Dans le numéro 330 d’Evangile et Liberté, Bernard Reymond nous invite à des « prières ajustées ». Il parle entre autres des prières en assemblée, qui doivent être adressées à Dieu plutôt qu’à Jésus. Cela m’amène à poser la question de savoir à qui s’adressent effectivement les prières publiques, particulièrement au cours du culte, mais aussi dans les divers recueils de prières.

Dans la forme, selon les tout premiers mots, bien sûr, le destinataire est Dieu. Mais en réalité, si on prête attention aux paroles qui suivent, on se demande parfois si celui qui parle alors à haute voix, ou celui qui a rédigé la liturgie ou la prière écrite, ne s’adresse pas plutôt à ceux qui entendent ou lisent. C’est particulièrement le cas lors des prières d’intercession. Plusieurs indices poussent à l’estimer. Je pense aux détails de situations dramatiques qui informent ou sensibilisent les auditeurs, aux catalogues de personnes et groupes en détresse qui visent à culpabiliser l’assemblée, ou à lui donner bonne conscience parce que l’on n’a oublié personne, aux formules du genre « fais de nous les ouvriers de paix » qui veulent nous motiver. Un exemple extrême se rencontre avec cette phase entendue au cours de culte : « Nous te prions pour ceux qui ignorent Dieu », alors que, si on avait vraiment conscience de s’adresser à Dieu, on lui parlerait de « ceux qui t’ignorent ».

On peut aussi se demander si les prières de confessions du péché sont l’expression pure et simple de remords exprimés devant Dieu ou plutôt des appels plus ou moins culpabilisants à la repentance. Je ne parle pas des prières de louange qui sont assez explicitement adressées à l’assemblée, mais je me demande si les prières d’adoration en principe adressées à Dieu ne sont pas plutôt faites pour l‘édification des fidèles, ou plus discutable encore, pour susciter leur admiration devant l’originalité des images et la beauté poétique des textes. Quant à la prière dite d’illumination avant les lectures bibliques, elle est bien demande de l’Esprit adressée à Dieu mais aussi une invitation à l’écoute.

Ces observations et réflexions peuvent amener à dire que la seule vraie prière est celle qui se pratique en silence dans le secret de la chambre ou d’un lieu désert. Mais il est vrai que nous avons dans la Bible l’exemple de prières dont on peut se demander si elles s’adressent vraiment à Dieu mais qui pourtant sont bien là, importantes. Bien des psaumes s’adressent en fait plutôt à l’assemblée, en particulier les psaumes de louange (à distinguer des psaumes d’adoration), mais d’autres aussi qui invitent prioritairement le lecteur ou l’auditeur à la repentance ou à la confiance, certes vis à vis de Dieu.

Nous ne sommes donc pas obligés de nous limiter à la prière individuelle et secrète. La prière communautaire a bien sa légitimité. Elle peut être libre, en réunion de prière, chacun s’exprimant à sa façon, mais avec le risque aussi que l’on s’adresse aux autres plus qu’à Dieu. Elle peut être cultuelle, avec l’idée importante que l’assemblée n’est pas seulement auditrice, mais qu’elle prend pleinement à son compte ce qui est dit à Dieu. Il faut alors absolument que celui qui prie à haute voix pour les autres ait conscience qu’il s’adresse d’abord et principalement à Dieu. Alors ce sera une prière très simple et brève sans recherche d’effets esthétiques ou psychologiques. La relation à Dieu ne se vit pas à force de paroles (Matthieu 6.7) longues et belles. Il ne saurait exister des prières admirables, mais seulement des prières sincères.

31/07/2019

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À propos Olivier Pigeaud

Olivier Pigeaud
Olivier Pigeaud, pasteur de l’EPUdF, retraité en Dordogne, a publié quelques ouvrages mettant en valeur les textes bibliques.

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