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La querelle arienne : Jésus-Christ est-il Dieu ?

Andrea da Firenze, Le Triomphe de saint Thomas d’Aquin. Au centre de la fresque, auxpieds du Doctor angelicus, trois « hérétiques » : Arius, Sabellius et Anerroës.Fresque dans la Chapelle des Espagnols de l’église Santa Maria Novella de Florence. Photo © CC, Wikimedia.org

Andrea da Firenze, Le Triomphe de saint Thomas d’Aquin. Au centre de la fresque, auxpieds du Doctor angelicus, trois « hérétiques » : Arius, Sabellius et Anerroës.Fresque dans la Chapelle des Espagnols de l’église Santa Maria Novella de Florence. Photo © CC, Wikimedia.org

Les soixante années qui vont de 320 à 380 se sont révélées particulièrement riches pour la réflexion théologique car elles ont permis une confrontation d’idées sur une question capitale pour la foi chrétienne : qu’en est-il de la divinité de Jésus-Christ ? Des hommes formés par la culture grecque ont forgé un vocabulaire qui a marqué la théologie pour des siècles. Ces décennies sont également capitales car elles ont vu le christianisme passer du statut de religion tolérée à celui de seule religion officielle. De ce fait des relations très étroites entre pouvoir civil et religion se sont nouées. Les ambiguïtés nées de cette nouvelle situation ont eu des conséquences, tant sur la réflexion théologique que sur la pratique des Églises et la vie des États. Leurs effets ont perduré jusqu’à l’époque moderne et les Églises issues de la Réforme protestante n’y ont pas échappé.

 Qui est Jésus ?

On n’a pas attendu Arius pour réfléchir sur la nature des relations entre le Fils, Verbe de Dieu incarné en Jésus, et le Père. Comment fallait-il comprendre cette filiation ? Car il était inenvisageable d’émettre un doute sur l’unicité de Dieu, fondement de la révélation dans le monde juif d’où le christianisme était issu. Dans les évangiles, Jésus n’est désigné explicitement qu’une fois comme Dieu, (Jn 20,28) bien que Jean souligne constamment la qualité divine du Christ. Son identification avec Dieu apparaît très tôt dans les milieux hellénistiques, si bien qu’Ignace d’Antioche (fin du Ier siècle) appelle Jésus, naturellement, Dieu. Mais comment entendait- on cette divinité ? Les textes patristiques nous font connaître les hésitations concernant la relation entre Père et Fils. Pour l’Occident latin, Tertullien (vers 160-220) se fait l’écho de l’enseignement d’un certain Praxeas qui, pour maintenir l’unicité divine, voyait dans le Père et le Fils, deux modes différents de la manifestation d’un même Dieu (modalisme). Sabellius soutenait de son côté un point de vue comparable appelé sabellianisme. Tertullien défendit alors l’unité de Dieu dans la distinction de ses trois termes. Il est d’ailleurs le premier à formuler le concept de Trinité.

L’école d’Antioche qui suivait l’enseignement de Lucien, soutenait une théologie de la séparation mettant en avant la distinction entre Père, Fils et Esprit. Tel est, en résumé, l’état de la question au moment où Arius entre dans le débat.

Dans l’Orient grec, Origène (185-254) élabore lui aussi une théologie de la Trinité. Il affirme très nettement l’unité de Dieu, tout en reconnaissant le Père, le Fils et l’Esprit comme autant d’hypostases (personne ayant une existence propre). Cependant, pour lui, les deux derniers sont subordonnés au Père (subordinationisme). Il maintient donc, contre le sabellianisme, la distinction des trois. D’une manière générale, l’école de philosophie chrétienne d’Alexandrie, dont Pantène, Clément et Origène furent les plus éminents représentants, insistait sur l’unité. À l’inverse, l’école d’Antioche qui suivait l’enseignement de Lucien, soutenait une théologie de la séparation mettant en avant la distinction entre Père, Fils et Esprit. Tel est, en résumé, l’état de la question au moment où Arius entre dans le débat. L’école d’Antioche qui suivait l’enseignement de Lucien, soutenait une théologie de la séparation mettant en avant la distinction entre Père, Fils et Esprit. Tel est, en résumé, l’état de la question au moment où Arius entre dans le débat.

 Arius

Il naquit en Lybie, vers 256. Il se rendit à Alexandrie pour y suivre des études. Il subit l’influence de la pensée d’Origène, mais il se considérait comme disciple de Lucien d’Antioche. Il fut ordonné prêtre et dirigea l’une des paroisses de la ville. Dans sa prédication il s’efforça de donner une interprétation personnelle de la théologie d’Origène. Il s’appuyait sur les principes du néo-platonisme, très en vogue à Alexandrie dans les milieux philosophiques, pour rappeler que Dieu seul est sans commencement ni fin. Il ne dépend de rien d’autre que de lui-même. Cette unique hypostase, c’est le Père, seul Dieu unique, inengendré, incréé, éternel, inaltérable, inchangeable. Arius se distinguait d’Origène, en faisant du Fils une créature. Il est nécessairement engendré (genetos), donc créé. De ce fait, « il n’a pas toujours existé ». C’était l’affirmation centrale de sa théologie énoncée dans son ouvrage, la Thalie (le banquet), le seul que l’on ait conservé de lui, et encore, partiellement.

Cependant, en s’appuyant sur les Écritures, Arius reconnaît que le Fils se distingue des autres créatures parce qu’il a été créé avant tous les temps. Tout ce qui a été fait a été créé par lui. Il est donc au-dessus de toutes les créatures. Si on lui donne le nom de Dieu, de Logos, de Sagesse, ce n’est pas en raison de sa nature, mais par grâce. N’ayant pas la nature (ousia) du Père, il ne lui est pas coéternel.

À Alexandrie, Arius rencontra très vite l’opposition de son évêque, Alexandre qui convoqua un synode pour le condamner, mais il eut également quelques partisans. Cependant, c’est en Orient qu’il fit le plus d’adeptes car de nombreux évêques étaient lucianistes, disciples de Lucien d ’Antioche, comme Arius. C’est ainsi qu’en 323, Eusèbe de Césarée, homme de grande culture, dont le prestige intellectuel était reconnu même à la cour impériale, accueillit Arius condamné à fuir Alexandrie. Eusèbe avait des positions dogmatiques moins tranchées que l’Alexandrin, mais il était tout prêt à le comprendre. Il usa de son influence pour calmer les esprits dans l’Orient qui se divisait à propos des thèses ariennes. Surtout, il trouva un allié de taille en la personne d’Eusèbe de Nicomédie, évêque de la résidence impériale, très écouté de Constantin.

 Quand l’empereur se mêle des affaires de l’Église

L’Orient était divisé par l’affaire arienne au moment où Constantin venait de réunifier l’Empire (324). Les évêques s’excommuniaient réciproquement, malgré l’appel à l’unité lancé à tous au concile de Nicomédie. L’évêque d’Alexandrie ne désarmait pas et il persévérait dans la condamnation du prêtre rebelle. Cependant, conforté par ses nombreux soutiens, Arius revint en Égypte où il gagna de nouveaux partisans par sa prédication, exacerbant les tensions entre pro et anti ariens, ou arianisants. C’est alors que Constantin se crut obligé d’intervenir dans cette querelle théologique dont il ne comprenait sans doute pas très bien les raisons mais qui avait des conséquences importantes pour l’ordre public. En effet, le fondement de l’Empire reposait sur l’idée d’unité. Il ne pouvait y avoir qu’un empereur, pour un État dont il garantissait l’unité et la prospérité, avec l’aide de la divinité officielle. L’empereur était non seulement le maître, mais aussi le grand prêtre, parlant au nom de Dieu. L’historien impérial, Eusèbe de Césarée, n’hésitait pas à donner à Constantin le titre de koinos episcopos (évêque universel) équivalant à celui, plus traditionnel, de Pontifex maximus. Or, Constantin avait changé de dieu en adoptant celui des chrétiens. Cela lui avait porté chance puisqu’il avait vaincu Maxence en 312, puis Lucinius, son dernier rival, en 324. Il était convaincu qu’il devait au Dieu des chrétiens son accession au pouvoir suprême.

Lorsqu’il eut réalisé que les idées d’Arius menaçaient gravement la stabilité de l’Empire et qu’il ne s’agissait pas d’une simple querelle d’école entre philosophes, Constantin, après une tentative de conciliation entre Arius et l’évêque d’Alexandrie, convoqua un concile à Nicée, en 325, sur les conseils de son consultant pour les affaires ecclésiastiques, l’évêque Ossius de Cordoue.

 Le concile de Nicée

Il réunit environ 300 évêques, surtout des Orientaux. L’évêque de Rome n’était pas présent mais se fit représenter par deux prêtres. Ce concile reçut le titre d’oecuménique en raison du nombre, de la diversité d’origine des participants et de la portée universelle de ses décisions. Le but principal était d’apporter plus de clarté dans la définition de la foi en la divinité du Christ. Jusque-là, chaque Église possédait sa profession qui s’exprimait liturgiquement lors du baptême. Désormais le credo aurait une valeur universelle. Le concile accepta comme point de départ la confession de foi de l’Église de Césarée. Son évêque, Eusèbe, avait eu une position conciliante dans la querelle arienne. Cependant, à côté des termes bibliques, le concile introduisit des concepts philosophiques tels que celui de omoousios (de même substance). La condamnation d’Arius supposait une définition sans ambiguïté. Il convenait en particulier de préciser que le Fils est engendré du Père, qu’il est vrai Dieu, engendré mais non pas créé, « de même- substance » que le Père. Ce terme était capital, mais il pouvait être mal interprété en laissant entendre que le Fils n’avait pas d’existence ni de personnalité distincte du Père. Paul de Samosate, un sabellianiste qui avait employé cette terminologie, fut condamné lors du concile d’Antioche en 268. À Rome, au contraire, la notion de consubstantialité était acceptée depuis longtemps. Dans l’Occident encore marqué par le paganisme, le danger était plutôt le trithéisme. Pour le patriarcat romain, le terme consubstantiel (omoousios) était donc garant de la divinité du Christ à égalité avec celle du Père. À la suite d’Ossius de Cordoue, les Occidentaux se prononcèrent pour l’omoousios et l’emportèrent. Constantin se rallia à eux. Impressionnés par la prise de position de l’empereur, les Pères conciliaires acceptèrent donc unanimement la profession de foi suivante : « Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur des choses visibles et invisibles et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils de Dieu unique, engendré du Père, c’est-à-dire de la substance (ousia) du Père… engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait… » Cette confession se contentait de mentionner l’Esprit : « … et en l’Esprit saint », sans développer une doctrine qui ne posait pas alors de problème particulier. Rien n’était dit sur les rapports entre l’humanité et la divinité dans la personne de Jésus. Cette question sera évoquée bien plus tard.

Plutôt que de s’en tenir aux fondements scripturaires, en proposant une terminologie philosophique à la question de la divinité du Christ à partir de la substance du Père, le concile ouvrait la voie à de nouvelles contestations. En effet, le symbole proposé ne distinguait pas suffisamment l’identité de chacune des personnes divines. Qui plus est, l’anathème qui suivait la confession condamnait « ceux qui disent que le Fils est une autre hypostase que le Père ». Cela revenait à affirmer qu’il n’est pas une personne distincte. On en revenait à la thèse de Sabellius (sabellianisme). La confusion venait de la correspondance très imparfaite entre les termes d’hypostase et de persona, d’ousia et de substantia. Latins et Grecs n’attribuaient pas à ces concepts philosophiques les mêmes valeurs.

 La contestation du concile ne se fit pas attendre

Loin de l’empereur et des fastes de la cour, beaucoup réalisèrent qu’ils ne pouvaient être en accord avec la profession de foi qu’ils avaient signée. Au premier rang de ces évêques il faut placer Eusèbe de Césarée et Eusèbe de Nicomédie. Le clan des « eusébiens » fit même réhabiliter Arius par le concile de Jérusalem (335), en présence de l’empereur Constantin, après qu’il eut présenté une profession de foi jugée acceptable. Loin d’avoir réalisé la communion, Nicée n’avait fait que raviver les querelles.

Il serait fastidieux d’entrer dans le détail des joutes théologiques, souvent vaines, qui se succédèrent jusqu’au Concile de Constantinople (381) et dont on a du mal aujourd’hui à comprendre les subtilités. Nous synthétiserons les choses de la manière suivante.

Du point de vue théologique, la controverse prit quatre orientations fondamentales.

– Les plus radicaux sont les anoméens. Pour eux, le Fils est totalement dissemblable (anomoios) du Père. Ils seraient, d’après Athanase d’Alexandrie leur plus farouche contradicteur, les tenants de la doctrine d’origine d’Arius.

– À l’opposé on trouve les homoousiens (de omoios, semblable). Ce sont les fidèles au symbole de Nicée. Leurs chefs de file sont Ossius de Cordoue et Athanase. – Les semi-ariens ou eusébiens, sont appelés homoiousiens (variante de omoios). Ils ont cherché une voie moyenne entre ariens purs et nicéens dont ils sont plus proches. Hilaire de Poitiers, après son exil et Basile de Césarée, dans un premier temps, furent des leurs.

– À la suite d’Acace de Césarée, successeur d’Eusèbe, apparut une nouvelle tentative de conciliation fondée sur une formule d’unité, la plus large possible, celle des homéens. Proposée pour des raisons essentiellement politiques, elle n’eut que très peu de succès.

Du point de vue politique, Constantin avait soutenu et imposé le symbole de Nicée, en se laissant convaincre par Eusèbe de Nicomédie et Eusèbe de Césarée que les nicéens les plus ardents étaient des sabelliens. Il condamna à l’exil leurs principaux représentants. Les revirements de la politique religieuse deviendront la règle, de Constantin jusqu’à Théodose. En fait, pour tous les empereurs du IVe siècle, l’enjeu n’était pas la fidélité à un dogme, quel qu’il fût. La logique de leur action se situait dans un tout autre domaine : l’intérêt de l’État dont il fallait à tout prix préserver l’unité et la prospérité. Leurs prises de position concernant la religion, fluctuantes et apparemment contradictoires, s’avéraient au contraire parfaitement logiques sur le plan politique. Poursuivant leurs objectifs séculaires de responsables de la conduite des affaires politiques et religieuses indissociablement liées, les empereurs se comportaient en chefs d’Église. Ils convoquaient les conciles, approuvaient ou désapprouvaient leurs décisions en fonction de ce qu’ils jugeaient être l’intérêt de la res publica. Ils décrétaient quelle devait être la foi authentique et obligatoire, après avoir écouté les synodes ou les théologiens qui allaient dans le sens de leurs intérêts. Ils approuvaient la nomination des évêques et destituaient ceux qui ne leur convenaient pas.

 La vie des Églises après Nicée

Elle doit être comprise à la lumière de leurs rapports avec l’État. Dans la mesure où elles étaient soutenues par le pouvoir, elles en retiraient quelques profits, mais si leurs évêques voulaient s’opposer, ils étaient déposés et remplacés par d’autres, plus soumis ou plus dans la ligne du pouvoir. Les Églises n’étaient donc plus responsables de la foi qu’elles professaient. Quelques évêques étaient conscients du danger que la collusion avec l’État impliquait, mais leur opinion ne pesait pas lourd face à la réalité. De toutes manières, qu’ils soient d’un parti religieux ou d’un autre, les responsables des Églises se montraient aussi intolérants les uns que les autres.

La querelle arienne qui, au départ, était essentiellement une affaire orientale, finit par s’étendre à l’Occident. Après l’exil d’Athanase d’Alexandrie à Trèves, en 333, en raison de son attachement à Nicée, vint celui d’Hilaire de Poitiers en Phrygie, pour la même raison. Des conciles et des synodes étaient convoqués dans les deux parties de l’Empire : dix-sept entre 335 et 378 ! Un synode anathématisait le précédent et les évêques de différentes tendances, après avoir été déposés, se succédaient sur le même siège, aussi bien dans les quatre patriarcats que dans les simples évêchés.

Après son accession à l’Empire, Théodose décréta, le 3 août 380, que la profession de foi de Nicée serait la seule admise. Il déposa le patriarche arien de Constantinople et exigea son remplacement.

Le Concile de Constantinople L’initiative viendra, une nouvelle fois, du pouvoir politique. Après son accession à l’Empire, Théodose décréta, le 3 août 380, que la profession de foi de Nicée serait la seule admise. Il déposa le patriarche arien de Constantinople et exigea son remplacement par le très nicéen Grégoire de Nazianze. Mais nul, fût-il empereur ou évêque, ne pouvait définir la foi universelle. Il fallait l’approbation d’un concile, le plus largement représentatif. Celui qui se réunit à Constantinople en 381 était composé de 150 évêques, tous orientaux, à l’exclusion des égyptiens et des occidentaux. On le reconnut pourtant, plus tard, comme œcuménique.

Il ne suffisait pas au concile de confirmer le Symbole de Nicée. Depuis cinquante ans la théologie avait évolué : des concepts nouveaux étaient apparus, les notions s’étaient précisées, des ambiguïtés avaient été dénoncées. Quant à l’arianisme lui-même, il avait pris des orientations théologiques très variées. Il fallait aussi se prononcer sur d’autres questions soulevées par Eunome (un néoarien), Mélèce d’Antioche ou Apollinaire de Laodicée (apollinarisme). De christologique avec Arius, la réflexion devait ensuite porter sur la Trinité. Il fallait préciser enfin la question de la divinité de l’Esprit.

Toute cette problématique fut abordée ou reprise à Constantinople, en 381. En fait la réflexion avait été Le bien connu diagrame de la Trinité qui indique les relations entre Père, Fils, Saint Esprit et Dieu, trois Personnes, toutes distinctes et à la fois toutes Dieu. Après son accession à l’Empire, Théodose décréta, le 3 août 380, que la profession de foi de Nicée serait la seule admise. Il déposa le patriarche arien de Constantinople et exigea son remplacementlargement préparée par Basile de Césarée et son ami Grégoire de Nazianze, tous deux évêques en Cappadoce. Basile développa sa doctrine trinitaire avec toute sa science de rhéteur, formé à l’école de Libanios, et de théologien adepte, dès sa jeunesse, de la théologie alexandrine d’Origène. Il s’efforça de démontrer l’omotimia, l’égalité d’honneur du Fils avec le Père, qui correspond à leur égalité de substance, ainsi que leur coéternité. Il reprit la même doctrine dans le De Spiritu sancto, appliquant à l’Esprit les mêmes attributs. À Grégoire de Nazianze, on doit la formule de procession (ekporeusis) pour indiquer que l’Esprit procède du Père, alors que pour le Fils il s’agit de génération (gennesis). Mis au même rang que le Père et le Fils, l’Esprit a droit également au titre de Kurios (Seigneur). Basile était mort au moment du Concile de Constantinople mais sa théologie trinitaire l’a inspiré. Grégoire de Nazianze qui était présent, en a préparé les développements pneumatologiques.

Le 30 juillet 381, Théodose confirma les décisions conciliaires, précisant que, seule, cette foi était orthodoxe. Devenu maître unique de l’Empire en 391, il interdit les autres cultes, ariens ou païens. Par contre, la confession de foi de Nicée précisée par Constantinople était décrétée unique religion de l’État. Désormais, l’arianisme, privé de ses Églises, dispersé en groupes rivaux minuscules, sans influence, était voué à la disparition. Il survécut encore pendant près de deux siècles dans les Royaumes barbares.

Et aujourd’hui ?

Avant 325, chaque communauté possédait son propre symbole mais toutes croyaient en Jésus-Christ, Fils de Dieu. L’expression « fils de Dieu », traditionnelle dans la Bible, appliquée à Jésus avait pour les premiers chrétiens, surtout à travers sa résonance johannique, une signification plus précise et plus forte que dans l’Ancien Testament ou elle pouvait tout aussi bien désigner les messagers divins que les rois, Israël ou le Messie à venir. Un problème se posa lorsqu’Arius voulut expliquer la nature de la relation entre Dieu et son Fils, le Verbe incarné en Jésus. Avant lui d’autres s’y étaient essayé, sans susciter des réactions aussi vives. Au lieu de se contenter d’arguments tirés de l’Écriture, sans pour autant les négliger, ses détracteurs usèrent de concepts philosophiques. Leur imprécision et surtout leur inadéquation ne firent qu’aggraver les malentendus. On ne saurait reprocher aux théologiens du IVe siècle, souvent hommes de grande culture, leur souci de conceptualiser leur foi et d’en rendre compte. C’est tout leur honneur. Mais les concepts les mieux argumentés sont-ils aptes à exprimer l’infinie grandeur de Dieu ?

Peut-on, aujourd’hui, dire sa foi avec le Symbole de Nicée-Constantinople ? S’il fait partie de l’héritage commun des Églises chrétiennes, sa formulation est le reflet d’une culture à laquelle on ne peut reconnaître une valeur universelle. Il est du devoir de chaque époque et de chaque civilisation de repenser et d’exprimer la foi avec une terminologie adaptée. Jésus s’exprimait en paraboles pour parler du Royaume. Quelques Pères évoquaient la Trinité avec des images : le soleil, la lumière, la chaleur ; la source et le fleuve ; les racines, et la tige. La pensée progressant par analogie ou par symbole est-elle inférieure à la pensée rationnelle ? Cependant, sous prétexte que Dieu est ineffable, ne trahirait- on pas l’originalité du christianisme en estimant que Jésus ne fut qu’un homme porteur d’un message divin, ce qu’Arius n’a jamais dit ? Pour les chrétiens, Dieu révèle son visage en Jésus.

repères chronologiques
256 : Naissance d’Arius
323 : Arius se réfugie à Césarée
chez Eusèbe
325 : Le concile de Nicée
condamne Arius
335 : Le concile de Jérusalem
réhabilite Arius
335 – 378 : 17 conciles qui s’anathématisent
les uns les autres
381 : Le concile de Constantinople
condamne définitivement Arius.
Le christianisme nicéen devient
l’orthodoxie de l’empire

Lexique

hypostase : personne ayant une existence propre. (extrait de l’art. de M. Bonnery).

 Et deux définitions de Pierre Thomas Camelot, extraites de Dictionnaire de l’histoire du christianisme, éd. Albin Michel ; Encyclopedia Universalis

Modalisme (ou encore monarchianisme) : tendance théologique qui, venue d’Asie mineure à Rome, se répandit au IIe et IIIe siècle. Pour maintenir l’unité divine, elle tend à faire des trois Personnes divines des manifestations successives ou des modalités du Dieu unique. sabellianisme : nom que l’on donna au modalisme qu’enseignait à Rome au début du IIIe siècle

Sabellius. Au IVe siècle, les tenants de l’orthodoxie nicéenne furent accusés de sabellianisme par les ariens. Affirmer la consubstantialité du Père et du Fils paraissait à ceux-ci compromettre la distinction des personnes.

 

NDLR : Pour une présentation pleine d’humour de ces débats byzantins qui secouèrent l’Église primitive, voir ou revoir le film de Luis Buñuel, La Voie lactée (1969).

A lire l’introduction au cahier de Marie-Noële Duchêne ” Le protestantisme et les dogmes “

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À propos André Bonnery

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est docteur d’État, spécialité histoire et archéologies chrétiennes, s’intéresse à l’iconographie et la symbolique de l’image. Il a enseigné à l’Université de Perpignan.

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