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« Censure or not censures ? »

Comme protestant, et libéral de surcroît, je suis allergique à l’idée même d’une censure. La liberté est un devoir, une exigence, une manière d’être. La censure est l’alliée objective du dogmatisme. Qui aurait le droit, et au nom de quoi ou de qui, de m’interdire de penser ? Qui pourrait, au nom d’une prudence par essence conformiste, limiter les audaces de ma pensée ? Quelle Église pourrait, au nom de sa contestable tradition, encadrer ma lecture et mon herméneutique bibliques ? Combien de pensées originales, créatives, percutantes, en un mot géniales, ont disparu de nos mémoires et de l’histoire au nom de la censure ? La censure est le bras armé de l’ordre, tandis que la liberté est la plume de la pensée. Arrière de moi, censure… je te combattrai de toute la force de ma pensée et de ma vie.

Et pourtant… Lorsque je vois aujourd’hui, au nom de ce rejet de la censure, que tout peut être dit, pensé, filmé, regardé, écouté, je me dis que peut-être nous nous égarons. Chacun peut penser ce qu’il veut, dit-on. Encore faut-il que ce soit une pensée, dans son exigence et sa construction. Or, un simple avis, souvent d’ailleurs construit d’idées toutes faites et d’expressions pauvres, passe pour une pensée. Il faut « être soi-même » ; il faut « être authentique »… Mais on peut être authentiquement crétin… voire salaud ! Je me dis alors que la censure faite à soi-même devrait être une conjugaison de la raison. Lorsque je vois aujourd’hui que la rentrée littéraire est dominée par un opus indécent de « témoignage de vérité » d’une femme meurtrie, je me dis que parfois la censure faite à soi-même devrait être une conjugaison de l’élégance. Lorsque je vois que, jour après jour, les médias nous montrent en boucle les visages, même floutés, de victimes de la barbarie ignoble de cruels imbéciles, je me dis que la censure faite à soi-même devrait être une conjugaison de la pudeur et du respect.

En un mot, j’exècre la censure, mais toujours je me l’appliquerai à moi-même, sans laisser personne le faire à ma place. Juste par élégance et par humanisme.

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

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est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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