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La Nationale 7 et l’Évangile

Quel est le point commun entre l’Évangile et la Nationale 7 ? Question pour le moins saugrenue. Avant d’y répondre, je me remémore mes souvenirs d’enfance (bon c’est vrai, je commence à vieillir…) sur la Nationale 7 qui nous emmenait vers les rives du soleil des vacances d’été. Le voyage était long, très long ! Mais cela nous paraissait normal ; la patience faisait partie de la condition humaine, en tout cas de celle de l’enfant que j’étais et qui posait la question « quand est-ce qu’on arrive ? »… Ce temps de la transhumance, il fallait bien le remplir.

  À l’époque, nulle console de jeu, nul MP3, nul écran vidéo inséré dans le fauteuil avant pour « occuper le temps ». Non, rien que nos imaginaires et ce temps partagé en famille. Il y avait bien quelques jeux, comme celui que j’adorais qui consistait, avec mes frères, à compter le nombre de voitures blanches ou rouges. Mais au bout de 800 km, j’avais arrêté de les compter : je m’ennuyais… Oui je m’ennuyais et je ne le regrette nullement. L’ennui fait partie de la vie, d’un enfant comme d’un adulte. C’est éprouver la patience jusque dans ses limites. C’est laisser son imaginaire courir librement sans l’enfermer dans un cadre, sans musique ni jeu vidéo. C’est devenir soi-même, apprendre à être soi-même et non un autre, formaté. Seul l’imaginaire d’un robot ne vagabonde pas…

  Alors quel rapport entre l’Évangile et cette fichue nationale ? Sans doute l’apprentissage de la patience. Matthieu dit, symboliquement, que Jésus a passé « quarante jours et quarante nuits sans manger » dans le désert. Encore plus long que ma Nationale 7… Après quoi, dit le texte, « il eut faim »… On peut le comprendre ! Ce chiffre « quarante » est celui de la durée (Exode), de la patience, voire de l’ennui nécessaire dans toute vie. Jésus devient ce qu’il est après cette « épreuve ». Il a faim… d’humanité.

  Alors, pourquoi courir après le temps ? Pourquoi vouloir toujours « faire quelque chose » ? Rien ne sert de remplir (son temps), il faut s’ennuyer à point. Bon été…

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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