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Des rencontres à DOM’Asile

Les associations qui viennent en aide aux plus démunis sont souvent l’occasion de rencontres intenses, très chargées d’émotions, résultant d’une confiance partagée.

DOM’Asile est une association régionale d’inspiration chrétienne fondée il y a dix ans, qui a pour objectif de fournir une domiciliation postale à des étrangers demandeurs d’asile. Ces derniers sont accueillis, de façon gratuite et inconditionnelle, dans onze centres couvrant les départements d’Ile-de-France, à l’exception de la Seine-et-Marne. La domiciliation postale consiste à fournir, à une personne dans l’incapacité de recevoir son courrier de façon sûre, une adresse fiable lui permettant d’exercer ses droits juridiques et sociaux dans les meilleures conditions.

  L’action de DOM’Asile repose sur des convictions et des valeurs évangéliques et humanistes : accueil, hospitalité, solidarité, respect, bénévolat et non jugement de l’autre. Nous accordons une attention toute particulière à l’écoute personnalisée des besoins individuels. Pour ce faire, nous bénéficions des capacités d’interprétariat de certains bénévoles et de celles d’interprètes salariés, pour nous faire comprendre de la personne que nous accueillons. Audelà d’un travail purement administratif, l’essentiel de cette activité de bénévolat se situe donc dans le cadre de la rencontre avec autrui. Souvent cette dernière se limite malheureusement à un échange assez simple d’informations essentielles. Mais il arrive parfois qu’on noue avec une personne une relation de confiance sur une assez longue durée et c’est une de ces expériences que je voudrais vous faire partager.

  Il y a quelques années, j’avais remarqué une Africaine que nous avions domiciliée peu de temps auparavant et qui arrivait tôt à toutes nos permanences. Elle semblait toujours troublée et perpétuellement inquiète. Elle s’exprimait bien en français ce qui nous avait permis d’établir avec elle une relation de confiance dépourvue d’ambiguïté. Un beau matin, elle sortit de son sac un papier et me le tendit en disant : « Est-ce que c’est bon ? » Il s’agissait d’un certificat médical d’une page, rédigé par l’ONG Primo Levi. Le Centre de soins Primo Levi offre aux demandeurs d’asile marqués par la violence un endroit où ils peuvent déposer leur souffrance, un lieu d’écoute où leur parole ne sera pas mise en doute. En lisant ce document, on constatait qu’elle avait subi des violences dans son pays et qu’elle était encore en état de choc à la suite des traumatismes que ces violences avaient provoqués. Aussi la réponse immédiate, instinctive et stupide à sa question eût été : « Non, ce n’est pas bon », car elle avait vécu des événements tragiques. J’aurais alors augmenté inutilement son angoisse, car en réalitéelle voulait savoir si cette pièce versée à son dossier de demande d’asile allait l’aider à obtenir le statut de réfugiée politique. C’était bien entendu le cas, et je l’en ai assurée. Cette confiance qu’elle m’avait manifestée en me montrant son certificat médical a marqué le début d’une relation authentique qui se prolonge encore aujourd’hui lorsqu’elle passe à la permanence. Nous échangeons quelques mots et surtout des sourires. Pour ma part, ces brèves rencontres sont chargées d’un fort potentiel émotionnel. Je suis heureux de la voir sourire maintenant, surtout depuis qu’elle a donné le jour à un beau petit garçon.

  Nos permanences sont l’occasion d’autres rencontres amicales avec des demandeurs qui, malgré la vie difficile qu’ils mènent en France, font preuve de beaucoup de gentillesse, mais vous avez compris que la personne dont je viens de vous parler est la plus chère à mon coeur.

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