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Babel Café à Montpellier : un caravansérail de la fraternité

À Montpellier, depuis trois ans, une association offre chaque dimanche du café, des croissants, des sandwichs et une oreille attentive aux personnes sans ressource. Révaz Nicoladzé, administrateur de l’AFEP, raconte un matin « ordinaire ».

L’Association Familiale d’Entraide Protestante de Montpellier a concrétisé en 2010 l’idée d’un petit-déjeuner dominical pour les personnes en précarité dans la ville. On y dénombre plus de six cents SDF. L’appel au bénévolat a été entendu et ce sont une quarantaine de membres de notre Église qui se sont très tôt engagés dans ce témoignage concret. Sans eux rien n’eût été possible.

Vingt-cinq ans après avoir hébergé le Centre Social Protestant, notre auguste préau s’est refait une beauté pour accueillir dignement nos invités des dimanches : dès 7 heures du matin les responsables du jour branchent le percolateur, les bénévoles recouvrent les tables avec les papiers peints donnés par Emmaüs, branchent les bouilloires, allument le four pour réchauffer les croissants et les viennoiseries. D’autres sont affairés à trancher les miches de pain et à les tartiner de bon beurre, à napper les sandwichs de tranches de jambon ou de dinde, à découper les poulets rôtis. Derrière le long comptoir, sous le préau, et comme à la parade, se tiennent plusieurs assistants, qui devant les plateaux de pains au chocolat tout chauds, ou de sandwichs, ou de fromages, qui devant ceux de yaourts et de crèmes variées, les compotiers de salades de fruits…

À 8 heures 30 le vieux portail en bois s’entrouvre et voit défiler nos accueillis, des hommes et des femme portant le poids de leurs difficultés sur leurs visages et leurs corps. Retraités maghrébins du foyer voisin, routards français évoquant les « chemineaux » d’antan, des Africains solitaires, une jeune femme du quartier, fille de harki, des hommes avec leurs chiens compagnons, des familles roms, des jeunes étrangers ne parlant pas notre langue, des femmes âgées, souffrantes et combien d’autres…

Au bout de la ligne, le percolateur glougloute et Danielle sert sans discontinuer son café fumant ; pour certains 3 à 4 cafés seront nécessaires pour se sentir prêts à affronter ces dimanches qui, ils le disent tous, sont tristes, la plupart des centres étant fermés.

Dans le petit soleil qui lèche la cour, au fond, près de la barrière, Christian, le solitaire, fait les cent pas, de long en large, tandis que Mikaël, le Jurassien, fâché avec la terre entière, visage noir sous sa capuche, le regarde sans mot dire à quiconque. Tous deux sont des fidèles de la première heure ! Pour d’autres, heureusement, les langues se délient ; dans la matinée chaque bénévole de Babel Café passera de la préparation des sandwiches, de la découpe des poulets ou de la distribution des boissons à l’échange spontané, à l’accueil de la parole de ces exclus, de ces « parias » d’aujourd’hui. Leur calme, leur dignité, le respect réciproque ont créé, en ce matin aigu d’un hiver redouté, un étrange et émouvant climat dans ce véritable caravansérail de la fraternité. C’est un privilège que d’échanger avec ce qui leur reste de flamme intérieure à travers nos gestes modestes ; chacun de nous le ressent. Chacun d’eux aussi sans doute, leur fidélité l’indique.

Beaucoup de ces personnes, encore dans la force de l’âge, sont venues à Montpellier des quatre coins de France et d’Europe, du Maghreb comme de l’Afriquesubsaharienne, d’Amérique latine comme d’Asie, dans des démarches de survie individuelles ; mais survivre ne suffit pas pour vivre, nos invités ne sont pas des fantômes mais des corps souffrants et ces corps sont en quête d’espérance.

Ainsi les dimanches, l’un poussant l’autre, nous ramènent-ils les échos du bruit et de la fureur du monde extérieur. Ils s’engouffrent dans le portail de notre modeste préau puis, comme des vagues amorties par la parole, se retirent… pour revenir encore.

« C’est ici que je vis mon temps de culte », nous a dit Serge, conseiller presbytéral. Tous ici sont, comme lui, portés par l’appel du prophète :

« Soyez ceux qui restaurent les sentiers pour rendre le pays habitable. » (Es 58,12)

 Babel café

Toutes les bonnes volontés sont au rendez-vous à l’occasion

du Babel Café qui accueille chaque dimanche nécessiteux, sanslogis,

voyageurs et amis pour un moment convivial autour du

petit déjeuner.

Chaque dimanche matin, 8 à 10 bénévoles, de divers horizons,

reçoivent environ 100 personnes, 10 rue Louise Guiraud à

Montpellier.

Petits-déjeuners et sandwiches sont préparés et partagés de

8h30 à 10h30 avec nos visiteurs de toute provenance.

Merci aux organisateurs et à tous les bénévoles.

À dimanche prochain !

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À propos Révaz Nicoladzé

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