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7. L’Église, c’est nous !

Derrière ce titre, se cache une conviction protestante forte, qui traverse toutes les différences théologiques habituelles entre évangéliques, calvinistes, luthériens ou libéraux : l’Église est une communauté humaine. Ce n’est pas un lieu sacré. Nos temples ne sont pas des lieux où Dieu serait plus présent qu’ailleurs. L’Église, ce n’est pas non plus une institution. Une institution est certes nécessaire, pour organiser, coordonner et représenter l’Église, mais elle n ’est pas l’Église.

Alors qu’est-ce que l’Église ? Et bien, c’est nous, vous, moi, une communauté de personnes qui décident de vivre une communion spirituelle. Le mot grec que l’on a traduit par Église, ekklesia, a été emprunté au vocabulaire politique. Il désignait l’assemblée des citoyens libres dans les cités grecques. C’est parce qu’il y a une volonté de chacune et de chacun qu’il peut exister une Église. Cela repose sur la conviction que l’on n’est pas chrétien tout seul, dans son coin. Le christianisme se vit dans le dialogue des convictions, des interprétations, dans le partage de l’écoute, de la prière et dans la volonté d’être présents ensemble dans le monde. L’Église permet de transformer une foi, qui reste toujours personnelle, voire intime, en occasion de dialogue, de rencontre et d’action. Mieux, elle permet à chacun « d’accoucher » de sa propre conviction ; elle est maïeutique.

Lorsque Paul s’adresse aux chrétiens de Rome, de Corinthe ou de Thessalonique, il le fait en s’adressant à des personnes de chair et d’os, et non à des chrétiens « théoriques ». Certes, il cherche à déployer sa théologie, mais il le fait avec le souci permanent d’adapter son langage à ses auditeurs. Chaque Église est locale, mais chacune est le visage de l’universel. Elle ne peut être que contextuelle : on ne prêche pas à Paris en 2014 comme on prêchait à Genève du temps de Calvin, ou comme on le fait aujourd’hui dans chaque lieu du monde. Nos messages, nos actions, nos engagements, sont « incarnés ». L’Église est une occasion offerte de faire des choix. Or, le choix, en grec, se dit « airésis », qui a donné « hérésie ». Oui, soyons hérétiques, soyons sujets de notre foi et non perroquets d’un dogme prétendument universel ou éternel.

Vive l’hérésie !

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

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est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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