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L’incarnation

Le notaire Jean-Robert Charles (1934-2010), diplômé en théologie, très marqué par la théologie du Process, a exercé des fonctions de prédicateur laïc à Saint- Martin-de-Ré et La Rochelle, puis pour l’Église Évangélique du Valais à Sion en Suisse. Un recueil de ses prédications/méditations a été publié en 2011, après sa mort, sous le titre Que cherchez-vous ? C’est à ce livre que sont empruntées les lignes ci-dessous.

  L’incarnation, c’est l’événement le plus important du monde : c’est un signe, une émergence de Dieu créateur immergé dans le monde pour nous appeler à une filiation. Mais il faut comprendre que l’incarnation de l’Esprit de Dieu en Jésus de Nazareth est un aspect de l’incarnation continue de Dieu en toutes choses. La trace de Dieu se montre en toutes choses, en tous êtres, dans notre frère qui nous sourit, dans toute la nature. Non, Dieu n’est pas absent ni silencieux et François d’Assise avait su le voir partout, dans notre frère le soleil, si puissant et si beau, dans notre soeur la lune, même dans notre soeur la mort. Avant tout la trace de Dieu est dans notre frère.

  Notre Dieu, le Dieu de Jésus, ce n’est pas un Dieu magicien qui domine et transgresse les règles. C’est un Dieu qui crée sans imposer, sans contraindre, qui demande notre concours, qui persuade, qui séduit. C’est un Dieu qui essaie, qui tente, qui crée le monde par des essais successifs, des tentatives, c’est un Dieu qui connaît des échecs : la fin de la vie de Jésus, sur la croix, a été un échec de Dieu. Cette mort scandaleuse ne doit pas être envisagée comme un tribut exigé par un dieu terrible à un innocent. Cette mort sur la croix, ce n’est pas une affreuse rançon. Non, la vérité est tout autre, et autrement plus signifiante : Dieu nous a envoyé un Christ, un Verbe, pour reprendre l’expression de Jean, et les Hommes ne l’ont pas reçu, ils l’ont tué. Les Hommes ont tué la Parole, ou tout au moins ils l’ont cru. Un échec de Dieu. Ainsi l’Homme a ce pouvoir redoutable de pouvoir mettre Dieu en échec, au moins pour un temps. L’Homme peut faire capoter l’oeuvre de la création. Et, sans doute, l’Homme peut-il faire souffrir Dieu.

  Mais Dieu créateur, Dieu humble, a la force irrésistible des choses humbles : il reprend toujours les choses, les échecs. Le Verbe se réincarne ailleurs, et le message de Jésus, la Parole finit par passer. Le Verbe, la Parole, le message de Jésus passe par d’autres hommes, en des prophètes qui s’appellent par exemple François d’Assise, saint Vincent de Paul, Luther, ou Martin Luther King. La graine qui germait en hiver forme ses racines, par un mouvement d’une force silencieuse, puissante et cachée, qui fait exploser même les rochers, et qui fera jaillir la vie.

  L’incarnation, la puissance des choses cachées, en vérité, certains hommes, de tous temps en ont eu l’intuition. Par exemple, je voudrais vous citer ce passage étonnant de Sophocle, cinq siècles avant Jésus-Christ, qui écrivait dans Antigone : « Il est, dans le monde, au coeur des choses, une adorable pureté. Que mes paroles, que mes pensées, que mes actes lui rendent hommage. Un grand Dieu est en elles, il ne périra point. » Ce grand Dieu au coeur des choses, dont Sophocle, le grec, avait eu l’intuition, c’est le Dieu inconnu que prêchait Paul aux Athéniens (Ac 17). C’est notre Dieu incarné dans le monde, au coeur de la ma tière, à No ël.

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