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Salaire au mérite ?

Rémunérer les fonctionnaires au mérite ? Cette proposition me laisse perplexe. Quand ce sont seulement ses diplômes, la nature de son emploi et son ancienneté qui déterminent le salaire de quelqu’un, on n’encourage guère la bonne volonté, l’implication personnelle dans le travail, l’efficacité et la conscience professionnelle. C’est dommage ; que le paresseux et le négligent gagnent autant que le consciencieux est contre-productif. Pourtant, la prise en compte du mérite, qui à première vue parait juste et souhaitable, pose deux questions probablement insolubles.

D’abord, comment apprécier le mérite ? Celui qui bouscule les habitudes est-il un perturbateur à sanctionner ou un innovateur à encourager ? Un handicapé au travail médiocre et lent n’a-t-il pas plus de mérite que le surdoué en bonne santé qui s’en tire bien mieux ?

Ensuite, qui décidera du mérite de tel ou tel ? Ne va-t-on pas favoriser le clientélisme, augmenter le favoritisme, ouvrir la porte à des pressions indues et développer les luttes de clan ? N’est-on pas en train de rétablir, sous une autre appellation, la fameuse « cote d’amour » qui autrefois faussait concours et avancements ?

La Réforme a voulu éliminer le salut par les « mérites ». Sans confondre le domaine du spirituel et celui du temporel que ne régissent pas les mêmes logiques (les luthériens le soulignent fortement), on peut se demander si dans les deux cas, le recours au mérite, en cherchant une plus grande justice, n’introduit pas d’immenses injustices.

 

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

3 plusieurs commentaires

  1. contact@bibletude.org'

    La moins mauvaise solution ne consisterait-elle pas à récompenser les bons employés par une prime, par rapport à des objectifs fixés d’avance ? (p.ex. qualité de l’accueil du client, excellence d’une solution à un problème, etc.)

  2. jlouis.py@orange.fr'

    Comme c’est une pratique quasi généralisé dans les entreprises privées qui ne fonctionne pas si mal, doit-on en conclure qu’André Gounelle pense que les fonctionnaires sont trop sclérosés pour mettre en place un système d’évaluation qui ne sera jamais parfait mais qui reflètera l’effectivité du travail accompli. Quant aux personnes handicapées, si leur emploi doit être pris en charge par tous les employeurs (actuellement la fonction publique est plus mauvais élève sur ce point que le privé), leur différence de performance doit être pris en charge par la collectivité au moyen de prestations sociales spécifiques.

  3. philippe.kaminski@gmail.com'

    Je suis passé du privé au public. Les règles eet les modes d’organisation et de fonctionnement dans le privé et dans la foncition publiques sont très différentes. Le mérite est déjà pris en compte (du moins sur le papier) dans le régime indemnitaire des fonctionnaires (https://www.fonction-publique.gouv.fr/Remuneration/Primes-et-indemnites/faq/RIFSEEP/faq-regime-i)ndemnitaire-tenant-compte-des-fonctions-des-sujetions-de-lexpertise-et). Et pourtant sa mise en place est retardée en raison même de la difficulté de sa mise en oeuvre surtout pour le corps des ingénieurs, justement à cause des règles que je viens d’évoquer.
    Alors Monsieur Py et consorts, ne vous en prenez pas aux fonctionnaires, ni plus ni moins sclérosés ou incompétents que les travailleurs du privé avec lesquels je collabore parfois.
    Sachez, Monsieur Gounelle, que le clientélisme et le favoritisme existe aussi dans la fonction publique qui se contractualise de plus en plus pour la soumettre le plus rapidement possible aux dispositions de la nouvelle loi travail.

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