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Pour comprendre le vote des Suisses

Selon l’Office Fédéral de la Statistique, un quart de la population résidente actuellement en Suisse est étrangère, ce qui place ce pays largement en tête des nations européennes.
Depuis l’ouverture des frontières avec l’UE, plus de 80.000 personnes sont entrées par année en Suisse, ce qui équivaudrait, proportionnellement, à environ 600.000 personnes par an en France.

L’idéal européen n’a jamais séduit la majorité du peuple suisse. L’UE telle qu’elle se développe lui semble peu démocratique. Tenants de la démocratie directe, les suisses ne comprennent pas qu’il n’ait pas été tenu compte des résultats des référendums français, irlandais et néerlandais au sujet de la constitution européenne. L’offensive finale contre le secret bancaire, initiée par l’administration Obama puis relayée par l’UE, n’a rien arrangé. Il y a une méfiance endémique envers l’oligarchie opaque de Bruxelles.

Depuis son refus d’entrer dans l’Espace Economique Européen en 1992, la Suisse a privilégié la voie bilatérale avec son partenaire européen. Plus des deux tiers des citoyens interrogés s’en déclarent satisfaits.

On a dit et écrit que le vote contre l’immigration de masse obéissait à la logique du « röstigraben » , c’est-à-dire à la barrière de la langue entre romands et alémaniques, voire entre citadins et ruraux. Une analyse fine montre que la réalité est plus complexe.
Trois cantons alémaniques Zürich, Zoug et Bâle-ville ont refusé l’initiative. C’est le Tessin, canton italophone, qui remporte la palme du oui avec plus de 68% suivi des Grisons, vaste canton de langue romanche. Par ailleurs les quartiers populaires des grandes villes se sont prononcés pour le oui, comme ceux des Charmilles et des Avanchets à Genève ou se concentre la population immigrée extra-européenne.

On a constaté que tous les corps constitués, à l’exception du parti de l’UDC, ont appelé au rejet de l’initiative. Ils n’ont pas été suivis. Pourquoi ?
Le Conseil fédéral, formé des principaux partis, porte une lourde responsabilité. Au moment de l’entrée dans Schengen/Dublin en 2008, des mesures d’accompagnement avaient été promises pour éviter le dumping social et la crise du logement, effets largement prévisibles à terme. Rien n’a été fait. Résultat, un canton comme le Tessin s’est trouvé durement touché par la concurrence de Milan. Ce n’est que le dimanche soir du 9 février que les partis, à commencer par les socialistes, ont fait mine de découvrir que de nombreux problèmes sociaux se sont aggravés…

Les milieux économiques prêchent, eux, pour leurs intérêts. Partisans du libre-échangisme sans limite, ils pratiquent les salaires à la baisse, d’ou leur soutien apporté la libre circulation.

Les médias publics sont assez déconsidérés. A tort ou à raison, ils apparaissent comme peu objectifs voire propagandistes et ils ont au final moins d’impact sur le public qu’on pourrait le penser. En 1992 suite au non à l’EEE, ils avaient annoncé une catastrophe économique qui ne s’est pas produite.

Les Eglises enfin sont devenues quasiment inaudibles, tant depuis des années leurs prises de position sont convenues et alignées sur le politically correct.

Il faut encore noter un autre élément, de nature psychologique. Le peuple suisse, comme tous les peuples de montagne, est profondément malthusien. Il a conscience d’habiter un petit pays qu’il faut protéger de la surpopulation. Le peuple a récemment plébiscité un projet de loi de l’écologiste Franz Weber obligeant à un gel des constructions de résidences secondaires dans le canton du Valais, en dépit du coup dur que cela a représenté pour les entreprises de l’immoblier. Il n’est même pas absurde de rapprocher le vote contre l’immigration massive du rejet sans ambigüité de l’initiative contre l’avortement.

Le souverain s’est exprimé, la démocratie a parlé. Et maintenant ? Il est clair que ce vote n’est pas sans danger pour la Suisse. Quel sera le prix à payer pour le contrôle des flux migratoires ? Il est trop tôt pour le dire. Relevons que le texte voté est une pétition de principe qui laisse une large place à l’interprétation et donne trois ans au Conseil fédéral avant la mise en application. D’ici là, bien des choses peuvent changer dans l’UE…

Vincent Schmid
Pasteur à Saint-Pierre de Genève

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