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Marie en théologie protestante

 

Si de nombreuses controverses ont existé et existent encore entre les protestants et les autres chrétiens, concernant la place que le chrétien doit ou devrait lui laisser dans sa foi ou sa pratique religieuse, Marie reste une figure centrale du christianisme. On dit un peu vite que les protestants « ne croient pas en Marie ». Ce jugement hâtif est la seule conséquence de ce que les protestants n’adressent jamais leur prière à Marie, mais seulement à Dieu, au Christ ou au Saint-Esprit.

C’est vrai que les protestants n’accordent pas à Marie une place importante dans leur spiritualité. Et s’ils ne prient pas Marie, cela ne veut pas dire qu’ils s’en désintéressent. Le conflit qui a opposé l’Église catholique et les Églises de la Réforme, au XVIe siècle, ne portait pas sur Marie, mais sur le salut par la foi.

Luther et les autres réformateurs ont insisté sur la naissance virginale du Christ et sur Marie, « mère du Seigneur ». Luther a publié en 1520 un commentaire du « Magnificat », souvent cité dans le débat œcuménique d’aujourd’hui, comme un modèle de piété mariale. Par contre, il s’est efforcé d’épurer le culte abusif provenant d’un transfert de l’œuvre du Christ sur la Vierge. Marie est un témoin de foi. Elle est, en ce sens, la « mère » de tous les croyants et le modèle du disciple, mais elle n’est ni salvatrice, ni rédemptrice. Luther n’a pas refusé de célébrer les fêtes mariales, contrairement à Jean Calvin qui lui, les a évincées. Cela permet de dire que la Réforme a rejeté le culte marial. Mais elle a rejeté également le culte des saints et la vénération des reliques. Calvin fut, par ailleurs, très prudent avec l’utilisation du terme « Mère de Dieu », theotokos, défini par le Concile d’Éphèse en 431. Pour lui, Marie, soumise au péché originel et donc au Jugement dernier, a besoin elle-même du salut offert en Jésus-Christ. Notons que les protestants, dans leur grande majorité, acceptent l’idée biblique de la naissance virginale de Jésus, sauf les protestants libéraux.

Du XVIIe au XIXe siècle, la théologie et la piété protestantes sont restées silencieuses à propos de Marie. La véritable opposition protestante à Marie n’intervient qu’au XXe siècle, après la promulgation par l’Église catholique romaine des dogmes de l’Immaculée Conception en 1854 et de l’Assomption en 1950, ceux-ci n’ayant pas de fondement scripturaire. L’Église catholique romaine fit de ces dogmes un titre marial donnant lieu à une « divinisation » en quelque sorte de Marie, devenue « Reine du Ciel », et « co-rédemptrice ». Vatican II refusera néanmoins la notion de co-rédemption, mais il refusera aussi toute notion de l’unique médiation salvatrice du Christ, puisque Marie co-opère au salut. Mais ces refus permettent à nouveau la réflexion et le dialogue, parce que cela oblige à bien définir tous les mots que nous employons.

Pour aller plus loin :

Laurent Gagnebin et André Gounelle, Le protestantisme, ce qu’il est, ce qu’il n’est pas, La Cause, 1984

Alphonse Maillot, Marie ma sœur, Lethouzey et Ané, 1990

Élian Cuvillier, Qui donc es-tu Marie, Éditions du moulin, 1994 Groupe des Dombes, Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints, Bayard-Centurion, 1999.

Michel Leplay, Marie, une belle éclaircie, Labor et Fides, 2000

Documentation sur Marie du service œcuménique de la FPF en ligne : http://www.protestants.org/index. php?id=31756

 

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À propos Agnès Adeline

est pasteure de l’Église protestante unie de France à Paris (Oratoire), et aumônier à la Maison d’arrêt des femmes, à Versailles.

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