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Peut-on être chrétien sans croire à la résurrection du Christ ?

 

La question cache mal ce qui véritablement la motive : le désir de savoir. Jésus est-il vraiment ressuscité ? Ou comment adhérer à un événement dont rien ne peut certifier le caractère historique (au sens factuel du terme) ?

Sauf contorsions intellectuelles, le désir de savoir ne trouvera pas satisfaction. Reste le désir de comprendre. À commencer par les termes employés. Chrétien : partisan de Christ. Christ : titre attribué à Jésus lui conférant une identité particulière attestée par l’événement de sa résurrection.

Cet événement réinterprète la vie terrestre de Jésus de Nazareth et en fait l’expression de la révélation ultime de Dieu. En dehors de l’événement pascal, Jésus n’est pas Christ, seulement un grand personnage de l’histoire parmi d’autres. Pour les uns, un prophète, un maître spirituel. Pour les autres, un guérisseur, un imposteur. L’histoire des christianismes primitifs l’a toutefois bien montré : l’événement pascal n’a pas joué pour tous les premiers partisans de Jésus le même rôle fondateur.

Dès son prologue, l’Évangile de Thomas affiche son intérêt pour « les paroles secrètes de Jésus le Vivant », cherchant à transmettre un enseignement de type sapiential puis, dans ses derniers compléments, gnostique, sans s’appuyer sur un quelconque récit de la résurrection. La Source des paroles (source hypothétique postulée par la plupart des exégètes) présente Jésus comme un maître de sagesse sans aucune allusion ni à la crucifixion ni à la résurrection. Les évangiles canoniques connaissent ces traditions, mais pour leurs auteurs, comme pour tous les autres auteurs du Nouveau Testament, le message de Pâques est le cœur battant de leur foi, la pierre d’angle sans laquelle le tout se fonde.

Et Paul d’en formuler la radicalité : « s’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité, et si Christ n’est pas ressuscité notre prédication est donc vide, vide aussi votre foi » (1Co 15,13-14). La compréhension de la foi chrétienne part de l’affirmation de la résurrection du Christ.

Du désir de comprendre naît une autre question, redoutable de simplicité : de quoi le mot « résurrection » est-il le nom ? Tous les auteurs du Nouveau Testament font de l’événement pascal une parole qui détermine le sujet chrétien mais chacun en rend compte différemment, selon les langages et les représentations qu’ils mobilisent, et selon la signification que ces langages et représentations donnent de cet événement pour l’existence du sujet croyant. C’est à travers des récits traditionnels de tombeau vide et d’apparitions du Ressuscité que s’exprime leur prétention : les premiers disciples de Jésus – homme ou femme, des Douze ou non – ont prétendu que le Crucifié était vivant. Il s’est fait voir à eux (1 Co 15,3-8). Cette expérience intersubjective est l’événement fondateur historique de la foi chrétienne. Et cette expérience donne nécessairement lieu à une diversité des interprétations auxquelles chaque génération de chrétiens doit mêler les siennes.

Aucun des auteurs du Nouveau Testament n’a cherché à prouver la résurrection. Il ne s’agit pas de savoir si la résurrection est un fait historique miraculeux qu’on peut connaître objectivement. L’enjeu est herméneutique : leurs récits ne démontrent rien, même admis comme des récits de faits, ces faits ne peuvent pas servir de fondation à la foi chrétienne. Il s’agit de distinguer le fait historiquement établi de sa signification. Et sa signification est de l’ordre de la révélation.

La vérité de la résurrection consiste en ce que sa proclamation fasse ou non vérité dans l’existence de celui ou celle qui l’entend. Ainsi « le croire n’est pas un avoir-saisi, mais un avoir-été-saisi » (Bultmann). Le fait véritable, fondement et objet de la foi chrétienne, est le Christ lui-même tel qu’il se révèle au sujet croyant. Cette rencontre lui vaut un nom le ramenant sans cesse au Crucifié qui, un jour, s’est fait voir à lui : on l’appelle chrétien (Ac 11,26).

 

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À propos Céline Rohmer

est pasteure de l’Église protestante unie de France, docteur en théologie et en études grecques et latines classiques. Depuis 2017, elle est enseignante chercheuse en Nouveau Testament à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Montpellier), membre du Centre de recherches interdisciplinaires en sciences humaines et sociales (CRISES - UPV-Montpellier 3) et du comité du Réseau de recherche en narratologie et Bible (RRENAB).

Un commentaire

  1. jcaze99@gmail.com'

    La résurrection est spirituelle et cet produit une apparition aux 12.

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